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Lorsque j’ai eu ce projet de signer la mise en scène d’une production de la pièce The Seagull (La Mouette) de Tchekhov, je cherchais une traduction qui donne un effet de plénitude. J’ai immédiatement pensé à David French, dont les pièces portant sur la famille Mercer suggèrent une étroite affinité entre la sensibilité de l’auteur et celle de Tchekhov.

Bill Glassco

metteur en scène (extrait du préambule de The Seagull d’Anton Tchekhov, traduit par David French, General Publishing Company Limited, 1977)

David a assisté à chaque minute de chacune des répétitions des quatre pièces de lui que Soulpepper Theatre a revisitées : Leaving Home, Salt-Water Moon, Of The Fields, Lately et Jitters. Pendant que nous montions cette dernière pièce, il combattait la maladie qui l’a finalement emporté. Sa ténacité, sa loyauté totale et son amour de la vie, de même que son humour et sa passion pour le théâtre habitent ses pièces… Et nous sommes privilégiés d’avoir côtoyé un tel génie pendant toutes ces journées.

Ted Dykstra

comédien et metteur en scène

Sa carrière:

Un potentiel énorme

David French écrit son premier scénario, intitulé Beckons the Dark River, à l’âge de 23 ans, et le vend 400 $ au réseau de télévision de CBC. Il continue d’écrire pour CBC jusqu’à l’été 1971. Il écrit alors un scénario en un acte ayant pour titre The Keepers of the House. Il sait dès le départ que cette histoire est faite pour la scène, et effectivement, The Keepers of the House changera à tout jamais le théâtre canadien.

Cette même année, alors qu’il assiste à une matinée « à libre contribution » de la pièce Creeps, la toute première pièce de la nouvelle compagnie Tarragon Theatre, il se dit que le metteur en scène de Creeps est l’homme qu’il lui faut pour la mise en scène de The Keepers of the House. French passe sur-le-champ à la billetterie et demande à la préposée – qui est nulle autre que Jane Glassco, épouse du metteur en scène et cofondatrice de la compagnie – le numéro de téléphone de Bill Glassco. La préposée tend l’appareil à French qui dit alors au metteur en scène : « Bonjour M. Glassco, je m’appelle David French. Vous ne me connaissez pas, mais j’ai écrit une pièce de théâtre et j’aimerais que vous la lisiez… »

Les deux hommes se rencontrent pour discuter de la pièce. Pendant que French lui raconte l’histoire, Glassco l’interrompt : « J’aime votre pièce, mais je ne crois pas que vous vous rendiez compte de tout le potentiel que porte cette histoire. » Furieux d’être ainsi rabroué, le jeune auteur se lève et sort du théâtre, mais Glassco le rattrape : « Attendez… parlons un peu, » dit-il. « Je suis votre ami, pas votre ennemi… ». C’est ainsi qu’avec les conseils de Glassco, French développe l’histoire et en fait une pièce en deux actes qu’il intitule Leaving Home. L’amitié entre les deux hommes ne se démentira jamais. Pendant les trente années qui suivent, Glassco met en scène chacune des productions des pièces de French, toutes présentées au Tarragon Theatre, sauf trois.

Comme l’a écrit Urjo Kareda, directeur artistique du Tarragon Theatre de 1982 à 2001 :

« Il y a près de 30 ans, le 16 mai 1972, j’ai assisté à une pièce de théâtre au Tarragon Theatre. J’étais alors critique de théâtre au Toronto Star. C’était la fin de la première saison de la compagnie, qui présentait la toute première pièce d’un jeune auteur terre-neuvien qui avait grandi à Toronto. L’auteur en question s’appelait David French et la pièce s’intitulait Leaving Home. Je n’oublierai jamais cette soirée. Leaving Home racontait l’histoire de la famille Mercer qui, comme l’auteur, était originaire de Terre-Neuve et vivait à Toronto. Mais French avait ce talent d’inventer des histoires universelles. La pièce, d’une grande force et d’une grande charge émotive, et brillamment mise en scène par Bill, a ébloui tous les spectateurs présents, moi compris. Leaving Home a été la pièce qui a véritablement mis au monde la compagnie Tarragon Theatre. Et il était évident, ce soir-là, que le jeune auteur de la pièce n’en avait pas fini avec la famille Mercer.

(extrait du guide pédagogique du Tarragon Theatre pour la pièce Soldier’s Heart, dernière pièce de David French mettant en scène la famille Mercer)

Tarragon Theatre s’était donné comme mission de contribuer à l’émergence de jeunes auteurs dramatiques, et c’est exactement ce que Bill Glassco a fait avec David French. Glassco a mis à l’affiche une pièce de French à sept des onze saisons où il a dirigé la compagnie. Et après en avoir quitté la direction, il a continué de s’intéresser au travail de French, puisque dès sa première saison à titre de directeur artistique de Centre Stage, la plus grande compagnie de théâtre de Toronto d’alors, il a monté à nouveau la pièce à succès Jitters. En 1988, Centre Stage a fusionné ses activités avec une petite compagnie, le Toronto Free Theatre, pour former la Canadian Stage Company. Pour cette compagnie, il a monté deux pièces de French, 1949 et Silver Dagger.

Plus récemment, trois expériences théâtrales ont particulièrement touché David French, selon sa compagne Glenda MacFarlane. Ted Dykstra a mis en scène, pour le Soulpepper Theatre, quatre de ses pièces qui ont toutes obtenu un grand succès : Leaving Home (2007), Salt-Water Moon (2008), Of the Fields, Lately (2009) et Jitters (2010), confirmant ainsi que les pièces de French étaient devenues des classiques de notre dramaturgie. L’auteur a assisté à toutes les répétitions des productions de la Soulpepper.

En 2007, David French a lui-même mis en scène sa pièce Salt-Water Moon dans le cadre du Charlottetown Festival, à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est la seule et unique fois où il a signé la mise en scène d’une de ses pièces.

Enfin, à l’été 2009, la compagnie Theatre Newfoundland Labrador a fait ce qu’aucun théâtre n’a jamais fait, c’est-à-dire monter au cours d’une même saison les cinq pièces de French racontant l’histoire de la famille Mercer, pièces présentées dans le cadre du Gros Morne Theatre Festival à Cow Head (Terre-Neuve). Bon nombre des comédiens jouaient dans plusieurs pièces, qui furent présentées simultanément pendant l’été.