Concerto pour violon n° 5 en la mineur, opus 37

Henri Vieuxtemps : Verviers, Belgique, 17 février 1820; Mustapha, Algérie, 6 juin 1881

De nos jours, on entend rarement parler d’Henri Vieuxtemps. Pourtant, ce musicien né en Belgique était au XIXe siècle considéré comme une sommité dans le monde du violon, pratiquement l’égal de Paganini qui ne tarissait pas d’éloges à son égard. Même l’austère Wagner, qui avait rarement le compliment facile pour quelqu’un d’autre que lui-même, parlait de Vieuxtemps comme d’un « extraordinaire artiste à tous points de vue… un grand talent au succès indéniable ».

Berlioz, un des premiers grands critiques musicaux, faisait remarquer que si Vieuxtemps n’avait pas été un si grand virtuose, il serait reconnu comme un superbe compositeur, ses œuvres, par leur beauté et leur agencement adroit étant celles d’un maître dont le style mélodique est toujours noble et solennel. Quant au célèbre critique viennois Eduard Hanslick, il décrivait les concertos de Vieuxtemps comme des « œuvres gracieuses et pleines d’imagination, s’appuyant sur de grandes connaissances techniques, en particulier en matière d’instrumentation… (Si l’on fait exception de Spohr), on peut le considérer comme le meilleur compositeur parmi les violonistes contemporains et le meilleur violoniste parmi les compositeurs contemporains ».

Vieuxtemps était également un des grands pédagogues de son siècle qui a contribué à façonner et développer l’école franco-belge de violon tout en influençant également l’école russe qui a produit de grands artistes comme Mischa Elman et Jascha Heifetz. À l’instar de Paganini, il a composé presque uniquement pour le violon avec accompagnement de piano ou d’orchestre, notamment sept concertos dont le numéro 5 est de loin le plus connu.

Vieuxtemps a composé le Concerto pour violon no 5 en 1861, comme morceau de concours pour le Conservatoire de Bruxelles. De par sa structure générale, on peut le considérer soit comme une œuvre en un seul mouvement composée de trois sections (la deuxième et la troisième étant assez brèves), soit comme une œuvre en trois mouvements s’enchaînant sans aucune pause. Le violon solo fait son entrée après une introduction orchestrale. Il présente et développe par la suite deux thèmes contrastants, le premier étant une reprise variée du sujet passionné en la mineur avec lequel a débuté le concerto, le deuxième un thème en do majeur rayonnant de lyrisme. La partie Adagio du concerto est dominée par un thème emprunté à l’opéra Lucile d’André Grétry, l’éminent compositeur belge du XIXe siècle. La conclusion marquée Allegro con fuoco qui dure à peine une minute, sert de coda enflammée.

Robert Markow