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12:46

Indigo (1994)

  • Compositeur: Freedman, Harry
  • Chef d'orchestre: Underhill, Owen
  • Date de concert: 1997-01-04
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Freedman, Harry

Freedman, Harry

05 avr. 1922 - 16 sept. 2005

Vue d'ensemble

Les univers de la peinture et du jazz s’associent avec une vive imagination dans cette œuvre brève pour 22 cordes. Elle est construite à partir de sept brefs fragments musicaux (« des clichés du blues », selon les propres termes du compositeur) qui sont utilisés, selon les divers épisodes, dans une écriture pour instrument soliste ou pour ensemble. En savoir plus

Biographie

Lodz, Pologne, 5 avril 1922;
Toronto, 16 septembre 2005

Au moment de sa mort en 2005, à l’âge de 83 ans, Harry Freedman était une des personnalités les plus reconnues et les plus respectées du milieu de la musique classique au Canada. Pendant près d'un quart de siècle, il a joué dans l'Orchestre symphonique de Toronto (hautbois et cor anglais), et pendant 33 ans par la suite, il a pu se consacrer presque exclusivement à la composition, devenant ainsi un des rares compositeurs à pouvoir bénéficier d'un tel luxe sans avoir à se produire comme musicien ou à enseigner. Seulement une douzaine de compositeurs canadiens ont fait l'objet de biographies ou d'études approfondies. Harry Freedman est l'un d'entre eux (The Music of Harry Freedman de Gail Dixon, 2004).

De Pologne au Canada

Né à Lodz, en Pologne, Freedman est arrivé au Canada à trois ans, grandissant d'abord à Medicine Hat, en Alberta, où son père travaille dans le commerce de la fourrure. À partir de 1931, la famille se fixe à Winnipeg. (Peter Paul Koprowski, un autre compositeur figurant dans la Frise chronologique du CNA, est lui aussi né à Lodz.) Contrairement à beaucoup de compositeurs célèbres, Freedman n'a pas été un musicien précoce. Au départ, il souhaitait faire carrière dans les arts visuels et, lorsqu'il était adolescent, il s'est inscrit à la Winnipeg School of Art. À 18 ans, il commence à étudier la clarinette. Après avoir servi dans l'Aviation royale canadienne pendant la Second Guerre mondiale, il s'installe à Toronto et étudie sérieusement la composition (John Weinzweig fut un de ses principaux professeurs). Il abandonne également la clarinette pour le hautbois et prend des cours avec Perry Bauman. Par la suite il devient musicien de l'Orchestre symphonique de Toronto, poste qu'il occupe de 1946 à 1970. Au cours de sa dernière saison, il est aussi le premier à exercer les fonctions de compositeur en résidence de l'orchestre.

Un produit du Canada

Il est intéressant de noter que Freedman est un des premiers grands compositeurs du pays à avoir étudié presque exclusivement au Canada. Par conséquent, on ne saurait être surpris qu'un bon nombre de ses compositions évoquent le paysage et les habitants du Canada. Ces compositions vont par exemple des Six French Canadian Folk Songs, arrangement pour violon et piano de chansons folkloriques du Canada français écrit en 1950, à Aqsaqniq (aurore boréale) composé un demi-siècle plus tard, sur des textes en inuktitut. Il a composé la musique de scène de la première pièce canadienne produite au Festival de Stratford, en 1961 (The Canvas Barricade), la bande sonore du documentaire télévisé que la SRC a consacré à Vincent Massey en 1965, et une œuvre chorale intitulée Keewaydin, en 1971, sur des textes constitués des noms de lieux ontariens en langue ojibwa.

Une formation en arts visuels

Peu de compositeurs ont été autant influencés par les arts visuels qu’Harry Freedman. Dès l'adolescence, « j'ai été frappé par les correspondances entre la musique et la peinture. Je me souviens d'avoir été obsédé par l'idée d'une série de peintures qui auraient représenté les impressions visuelles que j'avais des styles de divers compositeurs et musiciens de jazz. Par la suite, à mesure que mon intérêt pour la musique s'est développé, cette idée a elle aussi évolué et j'avais conçu le projet de composer une musique inspirée des divers styles de peintres ou de peintures célèbres. » Tout au long de sa carrière, Freedman s'est tourné à plusieurs reprises vers le monde des arts visuels pour trouver son inspiration. C'est le cas par exemple pour des compositions telles que Tableau (1952, inspiré par la représentation d'une scène de l'Arctique), Images (1958, interprétations abstraites de peintures de Lawren Harris, Kazuo Nakamura et Jean-Paul Riopelle), The Tokaido (1964, mise en musique des poèmes japonais qui accompagnent les célèbres gravures sur bois d’Hiroshige , dans l'édition des 53 Stations of the Tokaido), Klee Wyck (1970, basé sur les toiles d'Emily Carr) et Town (1991, impression orchestrale de l'artiste Harold Town). Toutes ces compositions appartiennent à cette catégorie et font partie de ses œuvres les plus connues.

L'influence du jazz

Très tôt, le jazz a exercé une influence décisive dans la vie de Freedman. Tout comme pour la peinture, il s’est intéressé au jazz lorsqu'il était adolescent. « Un soir, j'ai entendu l'orchestre de Benny Goodman, raconta-t-il en entrevue. C'était tellement extraordinaire qu'à partir de ce moment-là, j'ai perdu tout intérêt pour les chansons populaires et j'ai commencé à écouter la musique de Duke Ellington, Count Basie, etc. » À un autre moment, il a déclaré : « C'est le jazz qui m'a amené à composer… parce qu'un musicien de jazz est à la fois interprète et créateur. Tout ce que j'ai fait comme compositeur, m'est venu du jazz. Duke Ellington demeure ma plus grande influence. » En 1992, à l'âge de 70 ans, il expliquait : « On n’entend pas le jazz dans ma musique comme on l'entend chez Gershwin – mais le processus technique est tout à fait inspiré du jazz. Je ne parle pas seulement de l'improvisation, mais du fait que la musique, même la musique lente, doit évoluer de son propre gré. Elle doit produire sa propre force anti-inertie. Même l'énergie douce et placide doit toujours être en mouvement. » Les compositions de Freedman dans lesquelles le jazz occupe une place plus prépondérante sont Armana (1967), Toccata (1968) et Scenario (1970).

Musique pour la scène et l'écran

Le catalogue de Freedman contient près de 200 compositions dont la plus grande partie sont destinées à la scène et à l'écran. Parmi ses compositions pour des productions cinématographiques et télévisées, écrites dans les années 1960 et 1970, mentionnons The Pyx, Lies My Father Told Me, Act of the Heart et Pale Horse, Pale Rider. Il a composé la musique de scène de diverses productions du Festival de Stratford, notamment celles de Much Ado about Nothing, As You Like It et Twelfth Night. Il a signé plusieurs partitions de ballet : Rose Latulippe, Five over Thirteen et The Shining People of Leonard Cohen. Ces trois ballets sont des commandes du Royal Winnipeg Ballet, mais les œuvres ont été créées dans d'autres villes, respectivement Stratford, Ottawa et Paris. Plus tard, il a écrit d'autres musiques de ballet : Romeo and Juliet, Oiseaux exotiques et Heroes of Our Time. Il a aussi composé un opéra en un acte (Abracadabra, sur un livret de Mavor Moore) et pris part à de nombreux autres projets faisant appel à des comédiens, au mime et au cinéma.

Le processus de composition

La longue carrière de Freedman comme musicien au sein de l'Orchestre symphonique de Toronto s'est avérée un atout très précieux dans son travail de compositeur. « Quand on passe 24 ans assis au milieu d’un orchestre, on apprend vraiment à le connaître. Par conséquent, lorsque les idées me viennent, elles sont “ toutes prêtes ” et déjà orchestrées. » Aussi habile avec les mots qu’avec les notes, le compositeur explique de la manière suivante son approche du processus de création : « L'essentiel en composition, c'est de déterminer le sens de votre morceau – quels en seront les états d’âme, la texture, l'orchestration, le mouvement – les notes viendront plus tard. Les notes, c'est le moins important. »

Honneurs et distinctions

Il est inévitable qu'un compositeur de la stature d’Harry Freedman attire un grand nombre de prestigieux honneurs, récompenses et hommages. Membre fondateur de la Ligue canadienne des compositeurs en 1951, il en a été le premier secrétaire, puis le président, de 1975 à 1978. En 1977, il fait l'objet d'un documentaire radiophonique de la SRC réalisé par la compositrice Norma Beecroft. Le Conseil canadien de la musique le proclame compositeur de l'année en 1980 et il est nommé officier de l'Ordre du Canada en 1984. La musique qu'il compose pour Act of the Heart (1970) remporte le prix Etrog (appelé aujourd'hui Genie) de la meilleure bande sonore d'un long-métrage. Vers la fin de sa vie, lorsqu'on lui demandait de commenter sa longue et fructueuse carrière, il disait : « Je pense qu'il n'y a pas plus heureux que moi au monde. Je ne serai jamais très riche; mais je mène une vie aisée et, depuis 22 ans, je fais exactement ce que je veux faire. Il n'y a pas beaucoup de gens qui peuvent en dire autant. »

Programme de concert

Harry Freedman : Lodz, Pologne, 5 avril 1922; Toronto, 16 septembre 2005

La musique orchestrale de Freedman trouve souvent son inspiration dans le monde de la peinture (en particulier la peinture canadienne), étant donné que le compositeur s'était intéressé aux arts visuels au cours de ses années de formation. Ses œuvres intitulées Tableau (1952), Images (1958), Tangents (1967) et Klee Wyck (1970) appartiennent toutes à cette catégorie et figurent parmi ses compositions les plus connues. Ayant aussi conservé un vif intérêt pour le jazz depuis sa jeunesse, Freedman a intégré certains idiomes et caractéristiques du jazz dans plusieurs de ses compositions. Indigo est une œuvre musicale qui combine ces deux sources d'inspiration.

Cette œuvre d'une durée de 12 minutes fait appel à 22 cordes qui sont utilisées autant dans un rôle soliste qu’en ensemble. Indigo a vu le jour en 1994, à la suite d'une commande de CBC/Radio-Canada pour l'Orchestre de chambre du Manitoba qui a interprété cette œuvre pour la première fois sous la direction de Simon Streatfeild, le 27 septembre. La couleur indigo est une nuance de bleu, et Freedman a donné ce titre à sa composition étant donné qu'elle est « construite à partir de sept phrases musicales brèves qui sont toutes courantes dans le blues – et que l'on pourrait qualifier en quelque sorte de clichés du blues ».

Freedman poursuit : « L’introduction au cours de laquelle les sept phrases sont présentées les unes après les autres a des allures de blues, mais cela ne dure pas très longtemps, car, dans le développement de ces phrases, j'utilise un grand nombre de techniques et de procédés que j’ai appris en interprétant les grands chefs-d’œuvre de la musique européenne, autant classiques que contemporains. Mais il ne s'agit pas pour autant de musique “ européenne ”. C'est nettement une musique nord-américaine, surtout dans son utilisation des phrases de jazz pour créer ce petit air insolent et narquois qui m’a toujours attiré dans le jazz. »

Freedman manifestait un intérêt particulier pour la couleur bleue (en anglais blue), puisqu'on la retrouve dans plusieurs autres de ses compositions : Blue …GreenWhite (1978) pour chœur, Blue pour quatuor à cordes (1980), Strands of Blue pour ensemble de chambre (1992) et Blue Light, également pour ensemble de chambre (1995).

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1994

Histoire, politique et affaires sociales

  • L'Accord de libre-échange nord américain (ALÉNA) entre les États-Unis, le Mexique et le Canada entre en vigueur le 1er janvier.
  • Jacques Parizeau du Parti québécois défait le Parti libéral du Québec, au pouvoir depuis neuf ans.
  • Nelson Mandela est intronisé premier président noir d’Afrique du Sud.
  • L’UNESCO inaugure la journée mondiale des professeurs.
  • Le président américain Bill Clinton et le président russe Boris Eltsine signent les Accords du Kremlin, qui stoppent la visée de missiles nucléaires vers des cibles dans les deux pays, et permet le démantèlement de l’arsenal nucléaire en Ukraine.

Nature, science et technologie

  • La première version du fureteur Netscape Navigator est lancée.
  • Le tunnel sous la manche, qui a pris 7 ans à compléter (et 15,000 travailleurs), ouvre entre l’Angleterre et la France. Les voyageurs peuvent passer en voiture d’un pays à l’autre en 35 minutes.

Arts, lettres et divertissement

  • Le Prix Giller (maintenant Prix Scotiabank Giller), le prix littéraire canadien le mieux doté, est établi par l’homme d’affaires torontois Jack Rabinovitch à la mémoire de sa femme Doris Giller. Une bourse de 50,000 $ est remise au meilleur roman ou recueil de nouvelles canadien de l’année.
  • Bill Richardson reçoit le Prix Stephen Leacock pour son livre Bachelor Brother’s Bed and Breakfast.
  • Le sixième film d’Atom Egoyan, Exotica, est lancé et remporte le prix de la critique (FIPRESCI) au Festival de Cannes.
  • La chanteuse canadienne Céline Dion épouse René Angélil. Elle lance Céline Dion à l’Olympia et devient l’artiste francophone connaissant les plus grosses ventes. Au Royaume-Uni, elle trône au sommet des palmarès au niveau album et singles.
  • Le comédien canadien John Candy meurt. Parmi ses films, on compte Splash, Stripes, Planes, Trains and Automobiles et son dernier, Canadian Bacon.
  • Kurt Cobain du groupe Nirvana meurt dans sa maison de Seattle, victime de ce qui sera officiellement considéré un suicide par coup de feu à la tête.