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19:23

Delta pour percussions, violon, clarinette et orchestre (1979)

  • Compositeur: Colgrass, Michael
  • Chef d'orchestre: Bernardi, Mario
  • Soloiste(s): Prystawski, Walter (violon); Bernard, Ian (Percussion); Morton, James (violon)
  • Date de concert: 1979-10-16
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Colgrass, Michael

Colgrass, Michael

22 avr. 1932 -

Vue d'ensemble

Delta est un triple concerto dont les trois solistes sont un violoniste, un clarinettiste et un percussionniste. L’image du delta – embouchure triangulaire d'un fleuve qui se divise en plusieurs bras ramifiés avant de se jeter dans la mer – est reprise dans la structure de la musique, étant donné qu’Ottawa, ville où se trouve l'orchestre pour qui cette œuvre a été écrite, se situe au confluent de trois rivières (l’Outaouais, la rivière Rideau et la Gatineau). Dans ce contexte, chaque soliste joue une variante différente de la même musique. Cette convergence des styles est aussi une métaphore de la très grande variété de la population canadienne. En savoir plus

Connexion Musicale

Hors des sentiers battus : Techniques non traditionnelles et étendues

La composition non traditionnelle joue un rôle essentiel dans le développement de la musique comme moyen d’expression artistique, comme l’ont démontré Robert Aitken, John Weinzweig, R. Murray Schafer, Norma Beecroft et Michael Colgrass. En savoir plus

Biographie

Né à Chicago, le 22 avril 1932;
vit actuellement à Toronto.

Michael Colgrass détient l'insigne privilège d'être, parmi les plus éminents compositeurs de musique classique en Amérique du Nord, le seul dont la musique soit aussi bien connue d'un côté comme de l'autre de la frontière canado-américaine. Pratiquement tous les grands orchestres du Canada et des États-Unis ont joué sa musique. Sa vie est divisée en deux parties à peu près égales : une première moitié aux États-Unis et l'autre moitié au Canada, où il habite depuis 1974.

Ses débuts dans le jazz

Colgrass a grandi dans la région de Chicago. « Jusqu'à 19 ans, le jazz était ma seule ambition, explique le compositeur. À l'école, je ne réussissais pas très bien, parce que je jouais [de la batterie] dans un ensemble de jazz six soirs par semaine. » À deux reprises, Colgrass a été mis en probation. À l’époque où il fréquentait l'Université de Chicago, il avait assisté un jour à un concert de percussion. À un professeur qui lui demandait ce qu'il pensait de la musique qu'il venait d'entendre, Colgrass répondit qu'il avait trouvé que c'était franchement mauvais. Son professeur répliqua : « Si tu n'aimes pas ce que tu as entendu, pourquoi ne proposes-tu pas quelque chose toi-même? » Et comme on dit, le reste est passé à l'histoire.

De Chicago en Allemagne, puis à New York

Colgrass a étudié la composition avec d'éminents musiciens tels qu’Eugene Weigel, Darius Milhaud, Lucas Foss, Ben Weber et Wallingford Riegger. Après avoir obtenu un diplôme de premier cycle de l'Université de l'Illinois en 1956 (le seul qu’il ait jamais brigué), il s’engage dans l’armée et devient timbalier dans l’Orchestre symphonique de la Seventh Army à Stuttgart, en Allemagne. Après deux ans dans l'armée, il revient à New York où, pendant 11 ans, il travaille à contrat comme percussionniste, se produisant tour à tour avec l'Orchestre philharmonique de New York et l'Orchestre du Metropolitan Opera à titre de musicien remplaçant, dans l'ensemble de jazz de Dizzy Gillespie et dans la fosse d'orchestre lors de la première version de la comédie musicale West Side Story, à Broadway. Il gagne sa vie comme musicien, mais, en parallèle, il compose un peu. Colgrass avait le calendrier le plus chargé de tous les percussionnistes de New York, sa carrière était très florissante et il aurait peut-être pu continuer ainsi, mais…

Une prise de conscience soudaine

Un soir, Colgrass vécut un phénomène étrange. Il marchait dans la 57e rue en habit de concert quand il réalisa soudainement qu'il ne savait pas s'il allait donner un concert ou s'il en revenait (c'était la deuxième hypothèse). « L'incident m'a fait sourire, mais je me suis demandé comment j'avais pu prendre part à un concert et tout oublier dix minutes plus tard. J'avais l'impression de m'être englué, d'avoir perdu ma sensibilité, et j'ai compris qu'il était temps de ralentir la cadence afin de retrouver l'esprit de créativité et la spontanéité inhérente à la musique. » Il y est parvenu en étudiant d'autres formes d'art : l’art dramatique, le mime, la mise en scène, l'escrime, le ballet et la danse moderne. « Après cela, je me sentais comme un homme nouveau. Mes compositions ont bénéficié d'un souffle plus ample. Sur le plan personnel, j'étais plus ouvert. Je voulais communiquer avec les gens, faire des liens avec les autres disciplines et inclure le public dans le processus artistique. » Au fil des années, Colgrass a consacré plus de temps à la composition et actuellement il travaille uniquement sur commande, ce qui est rare dans son domaine. Il a reçu des commandes de plusieurs grands orchestres d'Amérique du Nord, notamment l'Orchestre symphonique de Boston (deux commandes), l'Orchestre philharmonique de New York, les orchestres symphoniques de Detroit et de Toronto et l'Orchestre du Centre national des Arts (Delta en 1979 et The Schubert Birds en 1990).

Le compositeur comme communicateur

Colgrass est devenu un compositeur dont le souci constant est de communiquer avec ses auditoires, quel que soit leur âge, et de solliciter leur participation : « J'adore travailler avec les jeunes, donner des ateliers, encadrer les musiciens qui interprètent mes compositions et échanger des idées avec les enseignants. Je m'intéresse tout spécialement aux enfants et je me sens inspiré par eux. Je vais souvent dans les écoles pour leur apprendre comment écrire de la musique. […] Je veux communiquer avec les gens, faire des liens avec les autres disciplines et inclure le public dans le processus artistique. J'ai commencé à donner des ateliers pour les interprètes, mais mon auditoire s'est élargi et je m'adresse maintenant à des gens de toutes les professions. »

Comme on pourrait s'y attendre, la plupart des compositions de Colgrass peuvent être appréciées par des gens qui n'ont pas l'habitude de fréquenter les salles de concert. Pourtant, ce ne sont pas toujours des musiques d'écoute facile. Mais elles comportent presque toujours une « accroche », une idée évocatrice, une image ou une énigme intellectuelle qui interpelle ou implique directement l'auditeur attentif. « Je viens d'un univers musical [le jazz] où les musiciens improvisent et sont en étroit contact avec leur auditoire, où la musique n'est pas intellectualisée. J'ai grandi en écoutant Charlie Parker et d'autres musiciens comme lui. Par conséquent, mes antécédents sont différents de ceux de la plupart des autres compositeurs. »

Quelques-unes de ses œuvres

Ainsi, il produit des œuvres atypiques telles que As Quiet As, sept vignettes saisissant en musique l’essence de certains phénomènes tels que le changement de couleur d'une feuille, la naissance de la première étoile dans le ciel ou un enfant sur le point de s'endormir; Concertmasters, œuvre dans laquelle trois violons solos, accompagnés par l'orchestre, participent à des conversations et des confrontations, comme des comédiens dans une pièce de théâtre; The Winds of Nagual, œuvre basée sur les écrits de Carlos Castaneda racontant son apprentissage auprès d'un sorcier amérindien au Mexique; et Arctic Dreams, évocation musicale du village du Grand Nord où Colgrass avait fait un long séjour.

Prix et distinctions

Colgrass a reçu une quantité impressionnante de prix et récompenses, notamment un prix Pulitzer, deux bourses Guggenheim, une bourse Rockefeller et le prix Jules Léger de musique de chambre, en 1988. Il demeure néanmoins modeste après l'attribution de prix aussi prestigieux, faisant remarquer qu'il aurait peut-être suffi d'une seule personne pour faire pencher le vote du jury en faveur d'un autre candidat.

Ouvrages

Colgrass, aussi habile à manier les mots que les notes, a écrit My Lessons with Kumi (1990), un livre sur la psychologie de l'interprétation dans lequel il expose ses techniques d'interprétation et de créativité sous la forme d'un roman. Par ailleurs, il a publié récemment un recueil de 89 anecdotes qu’il présente comme une autobiographie et qui s'intitule Michael Colgrass: Adventures of an American Composer. Il y décrit, dans un style délicieusement spirituel et divertissant, divers incidents qu'il a vécus au cours de sa carrière de musicien ou dans sa vie personnelle. On y apprend tour à tour comment il a empêché un percussionniste enragé d'attaquer Leonard Bernstein; comment il a été accusé d'espionnage à Prague; comment il a écrit une nouvelle composition de 20 minutes pour le Joffrey Ballet en 12 heures seulement, après que des avocats eurent confisqué une partition de Ravel pour des raisons de droits d'auteur; et même comment il a poursuivi et capturé un voleur de banque. On découvre toutes les facettes de sa personnalité – musicien de jazz, percussionniste classique, compositeur, danseur, mime, philosophe, expert en programmation neurolinguistique, père, et même psychologue de l'enfance. Le thème qui court dans toutes ces pages, c'est l'aventure inspirante d'un homme qui s’est questionné sur les objectifs de sa vie et qui, une fois qu'il a fait son choix, s'est donné à fond pour les atteindre et a réussi brillamment. Puissions-nous tous suivre son exemple! 

Programme de concert

Michael Colgrass : Né à Chicago, le 22 avril 1932; vit actuellement à Toronto 

Michael Colgrass, qui vient d’avoir 78 ans en avril dernier, figure désormais parmi les doyens des compositeurs du Canada. Il détient l'insigne privilège d'être, parmi les plus éminents compositeurs de musique classique en Amérique du Nord, le seul dont la musique soit aussi bien connue d'un côté comme de l'autre de la frontière canado-américaine. Sa vie est d'ailleurs divisée en deux parties à peu près égales : une première moitié aux États-Unis et l'autre moitié au Canada, où il habite depuis 1974.

Colgrass a reçu sa formation musicale auprès d'éminents musiciens tels que Darius Milhaud, Lucas Foss, Ben Weber et Wallingford Riegger. Après avoir obtenu son diplôme de l'Université de l'Illinois en 1956, Colgrass a élu domicile à New York où il a travaillé à contrat comme percussionniste dans de nombreux orchestres allant de l'Orchestre philharmonique de New York à l'ensemble de jazz de Dizzy Gillespie, en passant par l'orchestre qui accompagnait la première version de la comédie musicale West Side Story, à Broadway. Au fil des années, il s'est tourné de plus en plus vers la composition et actuellement, il travaille uniquement sur commande. Ses œuvres ont été jouées par l'Orchestre symphonique de Boston, l'Orchestre philharmonique de New York, les orchestres symphoniques de Detroit et de Toronto, ainsi que beaucoup d’autres ensembles. Colgrass a reçu de nombreux prix, notamment un prix Pulitzer (pour Déjà vu, en 1978), deux bourses Guggenheim, une bourse Rockefeller et le prix Jules Léger de musique de chambre, en 1988. Ses œuvres les plus récentes sont Raag Mala pour ensemble de vents (2006), Side by Side pour clavecin, piano préparé et orchestre (2007) et Pan Trio pour tambours d’acier, harpe, marimba et xylophone (2008).

Delta est une commande de l'Orchestre du Centre national des Arts qui a créé cette œuvre le 16 octobre 1979, sous la baguette de Mario Bernardi. Voici la description qu'en donne le compositeur :

« En 1979, lorsque j'ai reçu la commande d'un concerto pour percussion, violon, clarinette et orchestre, je me suis rendu à Ottawa pour rencontrer les musiciens et les écouter jouer. Au cours de mon séjour, j'ai été frappé par le fait qu'Ottawa se situe au confluent de trois rivières (la rivière des Outaouais, la rivière Rideau et la Gatineau) et cette constatation a fait germer dans mon esprit l'idée d'un triple concerto. Le titre Delta semble approprié non seulement parce que le mot delta signifie triangle (c’est le nom de la quatrième lettre – de forme triangulaire – de l'alphabet grec), mais aussi parce qu'un delta, c'est l'embouchure d'un fleuve qui se divise en plusieurs bras ramifiés en se jetant dans la mer. Cette métaphore décrit parfaitement la nature de cette pièce de musique, étant donné que les trois solistes interprètent chacun leur propres solos qui découlent tous du même thème central.

Les solistes de Delta, qui prennent part à un contrepoint de styles en évolution constante, font écho à l'image de rivières traversant le quotidien de populations appartenant à des cultures différentes et franchissant les siècles. Au début, par exemple, les timbales interprètent un rythme dans le style des Premières Nations d'Amérique du Nord, tandis que le violon joue une variation du XXe siècle et que la clarinette interprète une variation romantique du même thème. Ces solos s'entremêlent peu à peu avant de se chevaucher de diverses manières, tandis que chacun explore son propre style musical – romantique, moderne, jazz, etc.

Entourés chacun par leur propre orchestre, les trois solistes changent de place de temps à autre afin de renforcer leur notion d'individualité et de permettre aux auditeurs de les distinguer visuellement. J'aimerais ajouter que si certains modes musicaux entendus dans Delta, peuvent rappeler des styles passés et présents, cette œuvre ne cite aucune musique connue et contient uniquement du matériau original. Si un style prédomine, c'est sans doute celui des autochtones amérindiens, inspiré par l'Outaouais, la plus grande des trois rivières, qui traverse l'ancien territoire des Outaouais, une tribu de langue algonquienne. Du point de vue de l'auditeur, il me semble que Delta a pour effet général de proposer un mélange homogène de styles illustrant la grande variété des origines de la population nord-américaine. »

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1979

Histoire, politique et affaires sociales

  • Joe Clark défait Pierre Trudeau et devient le 16e et plus jeune premier ministre du Canada. Quatre mois plus tard, le gouvernement est défait sur un vote de confiance et le premier ministre déclenche une élection.
  • Les premières pièces de lingots d’or sont mises en vente au Canada.
  • Les premières femmes se joignent aux collèges militaires canadiens.
  • Des centaines de milliers sont évacués quand un train transportant des produits chimiques toxiques déraille à Mississauga. C’est la plus grande évacuation en temps de paix en Amérique du Nord à ce jour.
  • Le plus sérieux accident nucléaire en Amérique se produit à Three Mile Island, Pennsylvanie.

Nature, science et technologie

  • L’Énergie atomique du Canada lance le Therascan, un scanner canadien qui démontre comment le cerveau fonctionne.
  • L’éradication du virus de la variole est confirmée, la maladie devenant la première à être menée à l’extinction.
  • Une équipe de scientifiques canadiens et américains rapportent pour la première fois que les pluies acides sont dommageables pour la culture des légumes et les forêts.
  • Une éclipse solaire totale est perçue au Nord du Canada et une éclipse solaire partielle est visible presque partout en Amérique du Nord et centrale.
  • La compagnie japonaise Sony lance le Walkman.
  • Philips démontre le disque compact au public pour la première fois.

Arts, lettres et divertissement

  • La philanthrope, collectionneuse, architecte et universitaire Phyllis Lambert fonde le Centre canadien d’architecture à Montréal.
  • L’actrice Mary Pickford meurt.
  • Chris Haney and Scott Abbott inventent Trivial Pursuit (Quelques arpents de piège).
  • Dora Mavor Moore, acteur, réalisateur et professeur, meurt.
  • Peggy Guggenheim, collectionneuse américaine, meurt.
  • Le Prix Pritzker est institué par Jay A. Pritzker pour saluer les accomplissements en architecture.

Connexion Musicale

Le flûtiste et compositeur Robert Aitken (né en 1939) a beaucoup contribué à l’épanouissement et à la promotion de la musique progressive en sa qualité de cofondateur et directeur artistique de New Music Concerts, une série continue de spectacles qui s’est déroulée sur 20 ans. Comme flûtiste, Aitken n’a jamais cessé de chercher, de développer et de maîtriser de nouvelles techniques instrumentales non traditionnelles, dont il utilise un grand nombre dans son œuvre Spiral, composée en 1975. Celle-ci contient tant de nouveaux sons, à la fois instrumentaux et électroniques, que le critique du Toronto Star, William Littler, a été amené à établir des similarités entre les sons entendus durant sa représentation et les sons d’un zoo, à l’heure où les animaux sont nourris. Spiral fut exécutée pour la première fois en 1975, par l’Orchestre du Centre national des Arts.

La musique orchestrale canadienne ayant été en grande partie composée au 20e siècle, après la rupture d’Arnold Schoenberg avec le système tonal, il n’est guère surprenant que les compositeurs canadiens intègrent couramment à leurs œuvres des techniques avant-gardistes et non traditionnelles, dont la notation graphique, le sérialisme, l’improvisation (qui a pratiquement disparu dans la musique occidentale), la disposition inhabituelle des musiciens de l’orchestre, le polystylisme, les techniques musicales étendues et bien d’autres. Toute œuvre renfermant une quelconque combinaison de ces techniques exige généralement davantage des musiciens qui la jouent, ainsi que des personnes qui l’écoutent. Cependant, les techniques non traditionnelles et étendues peuvent aussi susciter des questions inspirantes et stimuler l’interprétation et l’exploration individuelles. Elles peuvent aussi être le point de départ de la formation d’un nouvel art et d’une nouvelle façon d’écouter le monde qui nous entoure.

Hors des sentiers battus : Techniques non traditionnelles et étendues traite de l’individualité créatrice dans la composition et l’écoute de la musique. Les compositeurs canadiens Robert Aitken, John Weinzweig, R. Murray Schafer, Norma Beecroft et Michael Colgrass ont tous utilisé, chacun à leur façon, des techniques de composition non traditionnelles. Leur manière d’aborder la composition a ouvert la voie, pour les musiciens et les auditeurs, à toute une gamme de nouvelles expériences et réactions

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