Précédent Antinomie (1977)
Hétu, Jacques
Suivant Au Château de Pompairain (1977)
Mather, Bruce
Jouer

Taille du fichier: 15.48 Mo

Ce fichier audio dépasse les 6 Mo

12:53

Pulau Dewata (1977)

  • Compositeur: Vivier, Claude
  • Chef d'orchestre: Inouye, Derrick
  • Date de concert: 1989-01-12
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Vivier, Claude

Vivier, Claude

14 avr. 1948 - 07 mars 1983

Vue d'ensemble

Au cours de son existence tragiquement brève, Claude Vivier a visité de nombreux pays, mais aucun ne l'a marqué autant que l'île indonésienne de Bali, que ses habitants appellent « Pulau Dewata ». Là-bas, il s'était immergé dans tous les aspects culturels de l'île – musique, danse, cérémonies, religion, traditions sociales – et fut en retour chaleureusement adopté par la population. Pulau Dewata est un hommage musical de Vivier à ce pays magnifique et à ses habitants avenants et accueillants. En savoir plus

Biographie

Montréal, 14 avril 1948;
Paris, 7 mars 1983

Quand le compositeur québécois Claude Vivier a été assassiné dans son appartement de Paris, à trente-quatre ans, il était déjà largement considéré comme l’un des plus brillants compositeurs que le Canada ait produits. Aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans plus tard, sa renommée a pris des proportions quasi mythiques, et sa musique est toujours jouée avec une régularité dont très peu de compositeurs contemporains peuvent se flatter.

Un compositeur hors du commun

Après l’annonce de la mort de Vivier, le critique et musicologue Harry Halbreich écrivit ces lignes dans Harmonie-Panorama Musique : « Sa musique ne ressemble vraiment à aucune autre, et se situe tout à fait en marge de tous les courants. D'une expression directe et bouleversante, sa musique ne désorientait que les coeurs secs, incapables de classer ce marginal de génie. Claude Vivier avait trouvé ce que tant d'autres cherchaient et cherchent : le secret d'une véritable nouvelle simplicité. »

Racines

Vivier ne connaîtra jamais ses parents biologiques. À deux ans et demi, il est placé dans une famille d’accueil, mais il devra encore y subir le rejet de sa mère nourricière. La solitude de ces jeunes années le marque pour la vie. Il adopte des comportements excentriques et imprévisibles, parfois franchement déroutants pour quiconque ne le connaît pas très bien. Il craint l’obscurité et dort toujours avec une veilleuse allumée. Il a une peur bleue de rester seul la nuit de Noël. Il peut éclater, à tout propos et en toutes circonstances, d’un grand rire sonore aux accents caustiques. Néanmoins, sa meilleure amie et confidente, Thérèse Desjardins (aujourd’hui présidente de la société Les Amis de Claude Vivier, qui fait la promotion de sa musique dans le monde entier), fait remarquer que ce rire provocateur dissimule l’angoisse d’un créateur né ayant âprement trouvé son âme dans la musique. Il peut se montrer extrêmement critique et tranchant. Il est ouvertement gay et mène une vie de bohême. À seize ans, il entre au séminaire mais en est bientôt expulsé en raison de son « manque de maturité ». Ce n’est pas un hasard si son œuvre la plus connue – et la plus aboutie, de l’avis de plusieurs – est Lonely Child (« L’enfant seul »), un testament autobiographique. « La musique de Claude Vivier est une image réfléchie de sa vie intime », écrivait Jaco Mijnheer en 1993. « D'une manière implicite ou explicite, l'ignorance de ses origines, la recherche de sa mère, sa vocation religieuse, son homosexualité et même sa mort prématurée lui ont inspiré les thèmes de ses compositions. »

Formation et voyages

Vivier étudie au Conservatoire de Montréal, où il a notamment pour professeurs Gilles Tremblay en composition et Irving Heller en piano. En 1971, il se rend en Europe afin de poursuivre sa formation auprès de Gottfried Michael Koenig à Utrecht (musique électroacoustique) et de Stockhausen à Cologne (composition). En France, il étudie la direction d’orchestre sous la férule de Paul Méfano. Ses compositions de cette période abordent déjà les thèmes qui resteront au cœur de ses préoccupations par la suite : l’enfance, la solitude, l’amour, l’introspection, la mort et l’immortalité. Il n’est guère étonnant que Vivier ait affirmé, plus tard, se sentir particulièrement proche de Gustav Mahler pour sa « sensibilité exacerbée », son « sentimentalisme excessif » et, en même temps, son profond désir d’une pureté « quasi libidinale ».

Le compositeur rentre à Montréal en 1974, mais il a la bougeotte et ne tarde pas à repartir pour un périple de trois ans en Asie, passant par le Moyen-Orient, l’Iran, l’Inde et surtout Bali, où il s’éprend de la culture et de la population de cette île tropicale paradisiaque. Ce voyage et les rencontres qu’il y fait inspireront à Vivier plusieurs de ses compositions les plus importantes. C’est le cas, notamment, de Shiraz, une œuvre pour piano évoquant deux chanteurs aveugles qu’il a entendus en Iran; de Siddhartha, une pièce pour orchestre; et de Pulau Dewata, qui s’articule autour du gamelan (un ensemble de métallophones et de gongs typiquement balinais). Sa connaissance de la culture musicale indigène de Bali transparaîtra aussi dans la majeure partie des œuvres que Vivier écrira par la suite.

Le bout de la route à Paris

Vivier fera un autre long séjour à l’étranger – son dernier. Il se rend cette fois à Paris, où il se sent plus à même d’exprimer son langage musical éminemment personnel qu’il ne peut le faire au Canada. Inachevée, sa dernière œuvre, pour chœur et orchestre, porte le titre étrangement prophétique, en allemand (une langue qu’il maîtrise assez bien), de Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele? (« Croyez-vous à l’immortalité de l’âme? »). Dans les dernières pages qu’il compose, Vivier met en scène un narrateur fortement attiré par un beau jeune homme rencontré dans le métro de Paris. Mais le jeune homme en question brandit un poignard et tue le narrateur. Peu après, Vivier est assassiné de la même façon, dans son appartement, par un homme de dix-neuf ans qu’il venait de rencontrer dans un bar gay.

La musique

Vivier laisse quarante-neuf compositions au total. Elles mettent l’accent sur la simplicité mélodique, plus particulièrement tournée vers l’expression vocale dans un cadre d’une grande richesse harmonique. « Chaque pièce [apparaît] comme un chant continu dont la voix est en constante mutation à travers un kaléidoscope de timbres instrumentaux », souligne le critique Robert Carl. Les lignes vocales, quand elles ne sont pas de pures vocalises, sont souvent chantées dans une langue inventée, par laquelle Vivier exprime vraisemblablement sa propre quête d’identité créatrice et artistique. Comme le fait remarquer le compositeur John Rea, « dans la musique de Claude [Vivier], la voix était une fenêtre et les sons ‘mystérieux’ qu’il produisait peuvent être comparés à des images vues à travers un carreau. La voix est une fenêtre donnant sur lui (Vivier), sur son être profond. (…) [Le but du langage inventé], loin de chercher à dérouter, est plutôt d’élucider une sorte de langue intérieure, dans laquelle certaines syllabes déclenchent une impression d’accord, de réaction sympathique. C’est un langage sonore sans contenu sémantique, mais avec ce surcroît de sens. »

Kopernikus

L’une des œuvres les plus importantes de Vivier est son « opéra rituel de la mort », Kopernikus, un « conte de fées mystique » (selon les propres expressions du compositeur) dont les personnages évoluent dans un monde onirique de quête spirituelle. Après sa création à Montréal en 1980, Kopernikus a fait l’objet de productions à Londres, à Paris, à Vancouver, à Strasbourg et à Amsterdam. La principale protagoniste de l’opéra, Agni, rencontre l’un après l’autre toute une galerie de personnages issus de son passé, de ses rêves et de ses fantasmes. Parmi ces personnages, on retrouve Merlin, Mozart, Lewis Carroll et, bien sûr, Copernic, l’astronome polonais qui a découvert que c’est le soleil, et non la terre, qui est au centre du système solaire – symbolisant ainsi, dans l’œuvre, les mondes inconnus et, par prolongement, la fascination de Vivier lui-même pour l’au-delà et la mort.

L’héritage de Vivier

Vivier est mort encore plus jeune que Mozart, mais son legs pourrait bien se révéler aussi durable et important pour la musique canadienne que celui de Mozart l’est pour la musique viennoise. Aucun autre compositeur canadien n’a joui, à l’étranger, d’un rayonnement comparable au sien. Les circonstances de sa disparition prématurée, comme dans le cas de Mozart, ont suscité un intérêt qui déborde les cadres de la musique envers ce singulier génie au destin tragique. Jaco Mijnheer résume bien ce que son existence a signifié pour tant de ses admirateurs : « Cette intégration de sa vie intime et professionnelle, du réel et de l'imaginaire, témoigne d'une conscience supérieure et globale, d'un avenir possible pour l'être humain dont Vivier était un messager, comme un aérolithe de passage dans notre monde. »

Programme de concert

Claude Vivier : Montréal, 14 avril 1948; Paris, 7 mars 1983

En 1976, Claude Vivier entreprit un long séjour à Bali et se familiarisa avec la culture musicale traditionnelle de l'île qui est centrée autour du gamelan (ensemble instrumental réunissant des métallophones et des gongs). À son retour au Canada, il composa Pulau Dewata, l'œuvre qui allait symboliser sa relation spéciale avec ce paradis tropical. « J’ai voulu écrire une pièce avec l’esprit de Bali : la danse, le rythme, et surtout une explosion de vie simple et évidente. La fin de la pièce est la signature traditionnelle de nombreuses œuvres balinaises, un hommage d’amour pour ce merveilleux people qui m’a tant appris. »

Vivier a déclaré un jour que son séjour balinais avait été un voyage au cœur de lui-même, ajoutant que l'île – que ses habitants appellent Pulau Dewata (île des dieux) – lui avait donné « une leçon d'amour, de tendresse, de poésie et de respect de la vie ». Parmi tous les pays que Vivier avait visités, c'est pour Bali qu'il avait le plus d'affection, et il affirmait que toutes les œuvres qu’il avait composées après son retour étaient un hommage au pays où il avait vécu une transformation spirituelle.

Vivier a rédigé Pulau Dewata sur papier, mais il a omis de préciser l'instrumentation. L'œuvre fut exécutée pour la première fois par un ensemble d’instruments de percussion à baguettes. Pierre Béluse dirigea l'Ensemble de percussion de l'Université McGill lors de la première exécution, en automne 1978. Pulau Dewata fut exécuté dans d'autres versions instrumentales par la suite, y compris par un quatuor de saxophones et par un ensemble composé de quatre guitares, trois voix et deux percussionnistes. En 1986, John Rea commença à préparer une version pour grand ensemble instrumental composé de quatre instruments à vent, cinq ou six cordes, une harpe et toute une panoplie d’instruments de percussion (castagnettes de métal, gongs balinais de tailles diverses, vibraphone, glockenspiel et marimba, dont la sonorité globale était proche de celle d'un gamelan balinais). Cette œuvre de 13 minutes contient neuf mélodies.

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1977

Histoire, politique et affaires sociales

  • La révision de la Loi de la citoyenneté entre en vigueur et permet aux Canadiens d’avoir plusieurs citoyennetés.
  • La reine Elizabeth II fait une tournée au Canada lors de son jubilée.
  • Le Québec devient la première juridiction (plus grande qu’une ville ou un pays) au monde à interdire la discrimination dans les secteurs public et privé, selon l’orientation sexuelle.
  • Tommy Prince, un soldat autochtone très décoré, meurt à Winnipeg.
  • La zone économique au large exclusive au Canada est étendue à 200 milles nautiques (370 km).
  • Willie Adams devient le premier Inuk à entrer au parlement, en tant que membre du Sénat.
  • Le célèbre artiste Ojibwa Benjamin Chee Chee se suicide alors qu'il est emprisonné pour avoir perturbé la paix.
  • Le président Carter accorde le pardon aux réfractaires américains à la conscription pendant la Guerre du Vietnam.

Nature, science et technologie

  • Le pipeline de l’Alaska est complété.
  • L’imagerie par résonance magnétique est utilisée pour tracer une carte du cerveau et de d’autres sections du corps.
  • VIA Rail est fondé en tant que société de la couronne, fusionnant les services passagers du CN et du CPR.

Arts, lettres et divertissement

  • Margaret Atwood publie son recueil de nouvelles Dancing Girls.
  • Le chef de groupes Guy Lombardo meurt.
  • L’artiste et auteur William Kurelek meurt.
  • Le film Star Wars est présenté pour la première fois en Amérique du Nord.
  • Elvis Presley meurt à l’âge de 42 ans d’une crise cardiaque.
  • Le Centre Georges Pompidou de Paris ouvre.