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08:22

Antinomie (1977)

  • Compositeur: Hétu, Jacques
  • Chef d'orchestre: Bernardi, Mario
  • Date de concert: 1977-10-04
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Hétu, Jacques

Hétu, Jacques

08 août 1938 - 09 févr. 2010

Vue d'ensemble

Le mot antinomie, à ne pas confondre avec le terme antimoine, qui désigne un corps simple, peut se définir comme le conflit entre deux lois, deux principes ou deux règles. De la même manière, la composition de Hétu présente des points de vue contrastants de la même idée musicale. En savoir plus

Biographie

Trois-Rivières, 8 août 1938;
Saint-Hippolyte (près de Saint-Jérôme), Québec, 9 février 2010

On reconnaît à la musique de Jacques Hétu une régularité dans l’excellence dont on ne trouve que peu d’exemples parmi les artistes créateurs, toutes disciplines confondues. À l’exemple de Brahms, avec lequel il partage d’ailleurs une certaine ressemblance physique, presque toutes les œuvres de ce compositeur sont de très haut niveau. Sa production embrasse cinq décennies et comporte plus de quatre-vingt numéros d’opus.

Études et prix

Hétu amorce sa formation professionnelle à l’Université d’Ottawa, avant d’aller étudier pendant cinq ans au Conservatoire de Montréal où il a pour professeurs, notamment, Clermont Pépin, Isabelle Delorme et Jean Papineau-Couture. En 1961, il ne remporte pas moins de quatre prix importants : un Premier prix du Conservatoire (pour son opus 1, une Toccate pour piano), le Prix de composition du Festival de musique du Québec, une bourse du Conseil des Arts du Canada et, finalement, le très prestigieux Prix d’Europe, qui avait été attribué à un compositeur pour la dernière fois en 1927. Hétu poursuit alors ses études à Paris, sous la férule de deux des plus éminentes personnalités de la musique française : Henri Dutilleux, en composition, à l’École Normale de musique et Olivier Messiaen, en analyse musicale, au Conservatoire national supérieur de musique. « Dutilleux m’a ouvert de nouveaux horizons en matière de tonalité et d’orchestration », dira-t-il, en substance, bien des années plus tard. « Messiaen (…) était une autre personnalité flamboyante qui nous amenait à aimer la musique, à la découvrir et à l’analyser et la disséquer, mais sans jamais perdre de vue (…) le sens de la structure, le sentiment d’équilibre global et d’unité sur lequel une œuvre se construit ou se brise. »

Le professeur Hétu

De retour au Québec, Hétu enseigne la composition et l’analyse musicale à l’Université Laval, à Québec, de 1963 à 1977, la composition à l’Université de Montréal en 1972-1973 et en 1978-1979, puis l’analyse musicale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1979 à 2000.

La musique orchestrale

Le catalogue de Jacques Hétu se compose en majeure partie de musique instrumentale Ses œuvres pour orchestre comprennent cinq symphonies (la Cinquième a été créée par l’Orchestre symphonique de Toronto le 3 mars 2010) et de nombreux concertos, y compris pour des instruments qui font rarement l’objet de ce genre de compositions : guitare, orgue, ondes Martenot, basson, trompette, trombone, alto et marimba/xylophone. On lui doit aussi des concertos pour flûte, hautbois/cor anglais, clarinette, cor (la Sérénade héroïque), deux pour piano, et des concertos pour instruments multiples : un pour violon et piano, un pour violon, violoncelle et piano (l’un des rares « triples concertos » écrits depuis celui de Beethoven), un pour trois pianos (une autre rareté) et un (la Symphonie concertante) pour flûte, hautbois, clarinette, basson et cor. Presque tout ce qu’il a écrit lui a été commandé par un artiste (le flûtiste Robert Cram, le pianiste Robert Silverman, l’altiste Rivka Golani, la basse Joseph Rouleau et plusieurs autres) ou par une organisation. Parmi ces dernières, mentionnons l’Orchestre du Centre national des Arts (notamment Antinomie et le Concerto pour flûte, deux œuvres qui figurent dans la Chronologie du CNA), l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre symphonique de Toronto, l’Orchestre symphonique de Québec, les Jeunesses Musicales, le Concours international de musique de Montréal et la Société Radio-Canada.

La musique de chambre

La musique de chambre constitue aussi une part importante de son catalogue. Celui-ci compte seulement deux quatuors à cordes mais aussi, pour différentes combinaisons d’instruments, des duos, des trios, des quintettes, un sextuor, un nonette et même quelques pièces pour treize instruments, notamment la Fanfare pour Lanaudièrecertainement la composition la plus jouée d’Hétu, puisqu’elle retentit à travers de puissants haut-parleurs dans le vaste espace en plein air de l’Amphithéâtre de Lanaudière à Joliette, au Québec, en prélude à chaque concert qui y est présenté dans le cadre du Festival de Lanaudière depuis 1989.

La musique vocale et chorale

Les compositions vocales et chorales sont beaucoup moins nombreuses mais représentent néanmoins, collectivement, un aspect significatif de l’œuvre d’Hétu. Les textes de plusieurs de ces pièces proviennent d’un seul et même auteur : le célèbre poète québécois Émile Nelligan (1879-1941). Ce sont Les Clartés de la nuit, Les Abîmes du rêve et Les Illusions fanées, auxquelles il faut ajouter une œuvre purement instrumentale, le Tombeau de Nelligan, composé en 1991 à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du poète. Hétu voyait dans cette dernière pièce « le corpus le plus caractéristique de [son] esthétique ». Des textes de Victor Hugo, de Paul Éluard et du Psaume 102 se sont aussi frayé un chemin dans la musique d’Hétu.

Le style

Hétu associe les formes et les timbres traditionnels à des modes d’expression modernes, contemporains, pour produire une musique qui est toujours excitante pour l’oreille et exigeante pour l’esprit, mais qui reste accessible en tout temps. Certaines de ses œuvres, en particulier ses premières compositions, sont percutantes et dissonantes, sans pour autant se situer dans un courant avant-gardiste. Sa conscience des forces instrumentales en présence est toujours sûre, idiomatique et souvent brillamment exploitée. Glenn Gould relèvera une « théâtralité intrinsèque » dans sa musique et défendra les Variations pour piano du compositeur. En 1978, Hétu exprimera en ces termes sa façon d’aborder la composition : « L’essentiel, ce n’est pas de chercher une façon inouïe de disposer les sons, mais de trouver sa manière de penser la musique. L’originalité véritable m’apparaît plus authentique qu’excentrique. »

Les dernières années

Après son soixante-dixième anniversaire, Hétu constate un changement dans son style et dans sa vision de la vie : « Cet univers trouble et douloureux [de Nelligan] ne fait plus partie de mes états d’âme qui sont orientés actuellement vers la lumière et la sérénité. Mes récentes œuvres, ludiques et festives, en sont la preuve. Je veux célébrer la vie plutôt que la douleur! » La mort relativement prématurée d’Hétu, victime d’un cancer à soixante et onze ans, est ressentie comme un choc sur la scène musicale canadienne; cependant, il est resté actif jusqu’à la fin, se déplaçant pour recevoir en personne un prix Opus (le prix « hommage ») du Conseil québécois de la musique, et pour assister à la création mondiale de son Concerto pour deux guitares, quelques semaines à peine avant de rendre son dernier souffle.

Programme de concert

Jacques Hétu : né à Trois-Rivières, le 8 août 1938; décédé le 9 février 2010 à Saint-Hippolyte (Québec)

L'œuvre de Hétu se caractérise essentiellement par une grande rigueur sur le plan des structures et par l'utilisation de formes traditionnelles (sonate-allegro, rondo, variations, etc.). En ce sens, le compositeur réunit toutes les qualités propres au classicisme. Cependant, il manie avec autant d'aisance les techniques du XXe siècle telles que les modes à transposition limitée de Messiaen, le sérialisme (Alban Berg a été pendant longtemps son compositeur préféré) et il s'intéresse au son comme matériau de construction. En 1978, il écrivait : « L’essentiel, ce n’est pas de chercher une façon inouïe de disposer les sons, mais de trouver sa manière de penser la musique. L’originalité véritable m’apparaît plus authentique qu’excentrique. »

L’antinomie peut se définir comme le conflit entre deux lois, deux principes ou deux règles. Hétu a appliqué ce concept dans la composition musicale à laquelle il a attribué ce nom. Antinomie, œuvre de huit minutes pour petit orchestre, a été écrite à l'intention de l'Orchestre du Centre national des Arts qui l’a créée le 4 octobre 1977, sous la direction de Mario Bernardi. Le compositeur a fourni l'explication suivante :

« L’œuvre est en deux parties, présentant deux aspects opposés d’une même idée musicale. La première partie, lente et soutenue, est formée d’éléments essentiellement mélodiques présentés par le hautbois auquel viennent se greffer les cors. Ces éléments expressifs sont portés vers un point culminant dominé par la trompette avant de réintégrer le climat initial mais assombri par les cordes graves. La seconde partie, rapide et nerveuse, est brusquement amorcée par les timbales. Puis, dans un jeu de sonorités réparties entre les divers groupes de l’orchestre, tous les éléments entendus précédemment se transforment, se disloquent, éclatent dans toutes les directions pour ensuite essayer de se regrouper autour du motif initial du hautbois, mais sans retrouver le calme du début. Au plan formel, il s’agit d’une œuvre monothématique utilisant les techniques de la variation dans un cadre bien défini : chacune des deux parties, d’égale durée, est formée de quatre sections qui amalgament mode, ton et série issus du thème initial. […] Antinomie fut conçue avec un certain parti pris d’utiliser à fond la couleur instrumentale, tant au niveau de l’expression que de la virtuosité. »

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1977

Histoire, politique et affaires sociales

  • La révision de la Loi de la citoyenneté entre en vigueur et permet aux Canadiens d’avoir plusieurs citoyennetés.
  • La reine Elizabeth II fait une tournée au Canada lors de son jubilée.
  • Le Québec devient la première juridiction (plus grande qu’une ville ou un pays) au monde à interdire la discrimination dans les secteurs public et privé, selon l’orientation sexuelle.
  • Tommy Prince, un soldat autochtone très décoré, meurt à Winnipeg.
  • La zone économique au large exclusive au Canada est étendue à 200 milles nautiques (370 km).
  • Willie Adams devient le premier Inuk à entrer au parlement, en tant que membre du Sénat.
  • Le célèbre artiste Ojibwa Benjamin Chee Chee se suicide alors qu'il est emprisonné pour avoir perturbé la paix.
  • Le président Carter accorde le pardon aux réfractaires américains à la conscription pendant la Guerre du Vietnam.

Nature, science et technologie

  • Le pipeline de l’Alaska est complété.
  • L’imagerie par résonance magnétique est utilisée pour tracer une carte du cerveau et de d’autres sections du corps.
  • VIA Rail est fondé en tant que société de la couronne, fusionnant les services passagers du CN et du CPR.

Arts, lettres et divertissement

  • Margaret Atwood publie son recueil de nouvelles Dancing Girls.
  • Le chef de groupes Guy Lombardo meurt.
  • L’artiste et auteur William Kurelek meurt.
  • Le film Star Wars est présenté pour la première fois en Amérique du Nord.
  • Elvis Presley meurt à l’âge de 42 ans d’une crise cardiaque.
  • Le Centre Georges Pompidou de Paris ouvre.