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14:07

Divertimento n° 6 (1972)

  • Compositeur: Weinzweig, John
  • Chef d'orchestre: Underhill, Owen
  • Soloiste(s): Koffman, Moe (saxophone)
  • Date de concert: 1997-01-04
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Weinzweig, John

Weinzweig, John

11 mars 1913 - 24 août 2006

Vue d'ensemble

Le compositeur décrivait son Divertimento no 6 pour saxophone solo et cordes comme « une structure en plusieurs sections proposant divers épisodes solos du saxophone colorés par des inflexions de jazz ». Cette œuvre comprend un grand nombre de notations pour le soliste : vibrato, accelerando et ritardando graduels, répétitions rapides de la même note, murmures chromatiques, smorzato (fluctuations du volume produites par la mâchoire), cliquetis des clés (sans production sonore), palpitations de la langue, coups de langue et micro-intervalles. Dans l'ensemble, une œuvre plutôt fascinante. En savoir plus

Connexion Musicale

Hors des sentiers battus : Techniques non traditionnelles et étendues

La composition non traditionnelle joue un rôle essentiel dans le développement de la musique comme moyen d’expression artistique, comme l’ont démontré Robert Aitken, John Weinzweig, R. Murray Schafer, Norma Beecroft et Michael Colgrass. En savoir plus

Biographie

Né à Toronto, 11 mars 1913;
décédé à Toronto, 24 août 2006

Bien qu’il n’ait certainement pas été le premier compositeur du Canada, John Weinzweig a contribué, plus que tout autre, à donner à la profession de compositeur ses lettres de noblesse dans notre pays. C’est pourquoi il a été surnommé le « doyen des compositeurs canadiens ». Qui plus est, on aurait mauvaise grâce à nier qu’il a exercé une plus grande influence que tout autre musicien de sa génération sur la scène de la musique classique au Canada. En près de quarante ans d’enseignement au Conservatoire royal de musique et à l’Université de Toronto (il a pris sa retraite en 1978), Weinzweig a été le professeur et l’inspiration de bon nombre des meilleurs compositeurs que le Canada ait produits.

Les débuts

Malgré son titre officieux de « doyen des compositeurs canadiens », Weinzweig n’est issu d’aucune des deux cultures prédominantes – francophone et anglophone – des peuples fondateurs du Canada : il est plutôt d’ascendance juive polonaise. Il n’a pas, non plus, emprunté le parcours typique des premiers compositeurs canadiens, lesquels partaient étudier en France ou en Angleterre selon qu’ils étaient Canadiens français ou Canadiens anglais. Après ses études à l’Université de Toronto, il a rompu avec la tradition et est allé poursuivre sa formation à l’Eastman School of Music à Rochester (New York). Il y a reçu ses premières leçons de composition (une matière qui n’était tout simplement pas enseignée à Toronto à l’époque) et, après avoir travaillé pendant seulement un an sous la férule de Bernard Rogers, est rentré à Toronto avec sa maîtrise en poche.

Retour à Toronto

À son retour à Toronto (1939), Weinzweig compose la première pièce musicale canadienne épousant la technique sérielle (le deuxième mouvement de sa Suite pour piano no 1). Mais la très conservatrice Toronto n’est pas encore prête, à l’époque, à accueillir les sonorités nouvelles que Weinzweig a découvertes à Eastman. « Le reste de sa vie », écrit Florence Hayes, « se confond, en bonne partie, avec l’histoire du développement de la nouvelle musique au Canada. » R. Murray Schafer faisait remarquer, en 1973, que « s’il fallait citer le plus grand service que [Weinzweig] ait rendu au Canada, ce pourrait être qu’il a essuyé à lui seul la première vague de critique virulente, jusqu’à ce qu’il ait pu éduquer suffisamment d’autres compositeurs pour trouver auprès d’eux la camaraderie de la Ligue canadienne des compositeurs. En refusant d’admettre que sa musique menait à l’impasse (…) il a obtenu peu à peu que notre musique à tous soit reçue de façon moins hostile. » Un autre compositeur, Gary Kulesha, a tenu ces propos à l’occasion de l’hommage rendu à Weinzweig pour son quatre-vingt-dixième anniversaire : « Que ce soit par sa démarche de compositeur ou par ses nombreuses activités en tant qu’organisateur et administrateur, John [Weinzweig] a touché tous les musiciens classiques du pays, d’une manière ou d’une autre, au cours des soixante dernières années. À quatre-vingt-dix ans, il s’attache encore à changer le monde, il veut encore bien faire. Et il commande toujours le respect. Il est toujours convaincu que les Canadiens ont le devoir de s’engager envers les autres Canadiens. Je ne vois par qui pourrait mériter davantage que lui le titre de ‘doyen des compositeurs canadiens’. »

Musique pour la radio et le cinéma

Entre 1941 et 1951, Weinzweig a composé de la musique pour une centaine d’émissions dramatiques de la Société Radio Canada/CBC, notamment pour les séries radiophoniques New Homes for Old, White Empire et Jalna. Il a aussi écrit plusieurs musiques de films pour l’Office national du film du Canada. Cette activité lui a donné l’occasion de peaufiner son art et de développer un style très personnel, tout en initiant progressivement les auditeurs à autre chose que les musiques exclusivement traditionnelles et conservatrices auxquelles ils étaient habitués.

Enseignement

Professeur au Conservatoire royal de musique de 1939 à 1960 (exception faite des années où il a servi dans l’Aviation royale canadienne, de 1943 à 1945) et à l’Université de Toronto de 1952 à 1978, Weinzweig a formé un véritable gotha de la profession : Murray Adaskin, Robert Aitken, John Beckwith, Norma Beecroft, Brian Cherney, Harry Freedman, Srul Irving Glick, Gary Hayes, Bruce Mather, R. Murray Schafer, Harry Somers et bien d’autres.

Fonctions administratives

En 1951, de concert avec Harry Somers et plusieurs autres collègues et élèves, Weinzweig a été l’un des membres fondateurs de la Ligue canadienne des compositeurs, dont il est devenu le premier président. Huit ans plus tard, il était l’un des fers de lance de la fondation du Centre de musique canadienne, qui joue un rôle si fondamental en tant que promoteur et diffuseur de la musique des compositeurs canadiens partout au pays et à l’étranger. De 1973 à 1975, il a œuvré comme président de l’Association des compositeurs, auteurs et éditeurs du Canada (CAPAC).

La musique

En plus de soixante ans de carrière, Weinzweig a produit une quantité appréciable d’œuvres musicales dans pratiquement tous les genres, à l’exception de l’opéra. Sa production est particulièrement abondante dans le domaine de la musique de chambre, qui compte au-delà d’une trentaine d’œuvres. Particulièrement remarquable est sa série de douze Divertimentos pour instruments solistes et orchestre à cordes. Ces pièces l’ont occupé pendant cinquante ans, à commencer par le Divertimento no 1 pour flûte et orchestre à cordes, datant de 1946 (pour lequel il a reçu une médaille d’argent aux Jeux olympiques de 1948), jusqu’au Divertimento no 12 pour quintette d’instruments à vent et orchestre à cordes, créé en 1998. Les autres pièces de la série, composées dans l’intervalle, mettent à l’honneur des instruments qui bénéficient rarement d’un tel traitement : le hautbois, le basson, le saxophone alto, le cor, le tuba et le cor anglais, entre autres. Ses amples concertos pour violon, pour piano et pour harpe comptent parmi les plus importants jamais écrits pour ces instruments par un compositeur canadien. On lui doit aussi la première pièce musicale canadienne à utiliser le procédé dodécaphonique (sa Suite pour piano no 1 de 1939). Son catalogue comporte également un nombre substantiel d’œuvres pour piano et de pièces vocales. L’article qui lui est consacré dans l’Encyclopédie de la musique au Canada décrit comme suit les caractéristiques générales de son style : « (…) clarté de la texture, économie du matériau, énergie rythmique, organisation motivique habituellement serrée mais non servilement contrôlée, grâce à la série, courtes explosions mélodiques contrastant avec de longues lignes continues, et harmonies souvent stridentes, mais ne perdant jamais complètement leur orientation. »

Honneurs, prix et distinctions

Lorsque Radio Canada International a lancé son Anthologie de la musique canadienne, en 1978 (une série qui compte maintenant plus de trente volumes), Weinzweig a été le premier compositeur à bénéficier de cet honneur. Détenteur de doctorats honorifiques des universités d’Ottawa et de Toronto, il a été nommé officier de l’Ordre du Canada, en 1974, en reconnaissance de ses efforts inlassables pour améliorer le sort des compositeurs canadiens et pour enrichir la vie musicale du Canada. En 1978, il a reçu la médaille du Conseil canadien de la musique et en 1981, la Ligue canadienne des compositeurs l’a nommé président émérite. En 1988, il a été nommé membre de l’Ordre de l’Ontario et en 2002, il a reçu la médaille commémorative du Jubilé de la reine. Premier compositeur à recevoir le prix Molson décerné par le Conseil des Arts du Canada en 1981, il devenait également le premier compositeur à recevoir le prix du Roy Thomson Hall de Toronto en 1991. Son rayonnement est tel sur la scène internationale que dans les années 1980, Weinzweig estimait qu’une bonne moitié de ses droits d’auteur provenait de l’étranger.

Programme de concert

John Weinzweig : Toronto, 11 mars 1913; Toronto, 24 août 2006

En 1946, Weinzweig a écrit un divertimento, premier d’une série de douze qui s’achèvera un demi-siècle plus tard. Le sixième divertimento date de 1972. C'est le résultat d'une commande de Paul Brodie pour le troisième Congrès mondial du saxophone à Toronto, avec l'aide d'une bourse du Conseil des Arts du Canada. Weinzweig ayant étudié le saxophone au cours de sa jeunesse (il avait aussi appris à jouer du piano, du violon, de la contrebasse, de la mandoline et du tuba), il connaissait bien les qualités et les capacités de l'instrument. Le compositeur avouait l'influence de Stravinski dans cette œuvre, en particulier dans le sens aigu du rythme et dans la clarté de l'orchestration. Par ailleurs, le Divertimento est aussi fortement influencé par le langage du jazz, « probablement le type de sonorité que pouvaient avoir les musiciens virtuoses du jazz dans les années 1920 », disait Weinzweig. Cette œuvre extrêmement rythmique en un seul mouvement traverse de nombreux climats et comprend un grand nombre de notations pour le soliste : vibrato, accelerando et ritardando graduels, répétitions rapides de la même note, murmures chromatiques, smorzato (fluctuations du volume produites par la mâchoire), cliquetis des clés (sans production sonore), palpitations de la langue, coups de langue et micro-intervalles.

Une note précise dans la partition que, dans cette œuvre, Weinzweig « dirige ses explorations vers les interactions rythmiques entre le soliste et l'ensemble. Le résultat est une structure en plusieurs sections proposant divers épisodes solos du saxophone colorés par des inflexions de jazz. Les formes internes comprennent des cadences et des improvisations contrôlées pendant l'allure de divers dialogues. »

« Lorsque le saxophoniste Paul Brodie m'a demandé de composer une œuvre pour le troisième Congrès mondial du saxophone qui s'est déroulé à Toronto, en 1972, il savait que je n'avais pas besoin que l'on me présente cet instrument polyvalent – j'avais brièvement étudié le saxophone ténor lorsque j'étais adolescent, mon frère était un saxophoniste professionnel et j'avais écrit un solo pour lui dans ma composition intitulée Wine of Peace. Peu de temps après avoir accepté la commande, la première idée qui me vint à l'esprit fut de faire débouler le saxophone à une vitesse folle avec une forte dose d'énergie rythmique. Les trois parties reviendraient pour clore la composition. J'avais prévu ensuite d’insérer divers épisodes contenant quatre cadences pour le saxophone suivies d'une cinquième cadence pour l'orchestre à cordes. La tâche la plus difficile fut de déterminer le rôle à donner à l'orchestre à cordes. J'avais décidé de le mettre en interaction avec le soliste – dans une sorte de dialogue qui ne reposerait pas sur un élément thématique similaire, mais sur des contrastes et même sur des oppositions, afin d'augmenter le niveau d'énergie. En conséquence, certains passages sont dirigés, alors que d'autres actions sont déclenchées au signal du chef d'orchestre. Le saxophone donne lui-même un signal sous la forme d'une figure spéciale, à la fin de ses cadences, pour suspendre l'orchestre. Tout au long des quinze épisodes du long mouvement continu, le saxophone utilise une large palette d'inflexions de jazz et de couleurs timbriques. »

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1972

Histoire, politique et affaires sociales

  • Les libéraux de Pierre Trudeau remportent une minorité aux élections fédérales.
  • La taxe sur les gains de capital entre en effet.
  • Lester B. Pearson meurt.
  • Le Canada et les États-Unis signent l'accord des Grands Lacs sur la qualité de l'eau.
  • Patrimoine canadien est établi.
  • Année record pour les grèves: contrôleurs aériens, techniciens radar et en communication des aéroports, pilotes, gardes de prisons, travailleurs de l'acier à Iron Ore Company of Canada, techniciens de Radio-Canada, débardeurs et travailleurs à la DeHavilland Aircraft Co. tombent tous en grève, certains pour plusieurs mois. En avril au Québec, 200,000 employés quittent leur emploi pour près de deux semaines, plus importante grève de l’histoire canadienne.
  • Les dernières troupes américaines se retirent du Vietnam.
  • Le scandale du Watergate éclate : cinq employés de la Maison Blanche sont arrêtés pour avoir cambriolé les bureaux du Comité national démocrate.

Nature, science et technologie

  • Le système satellite de télécommunication Anik I est lancé.
  • Le président des États-Unis Richard Nixon annonce que 5,5 milliards seront injectés pour le développement du programme spatial.
  • La première calculatrice scientifique de poche, connue plus tard sous le nom d’HP-35, est lancée.

Arts, lettres et divertissement

  • Le Ballet national du Canada crée sa production la plus somptueuse et la plus couteuse de son histoire, La Belle au bois dormant, mettant en vedette Rudolph Noureev.
  • La Maison de Radio-Canada, le centre de diffusion francophone le plus important du monde, ouvre ses portes à Montréal.
  • Robertson Davies publie The Manticore.
  • L’association mondiale du hockey entre en opération; cette ligue professionnelle en compétition avec la LNH comprend des équipes canadiennes à Edmonton, Ottawa, Québec et Winnipeg.
  • Margaret Atwood publie Surfacing.
  • Mordecai Richler publie Shoveling Trouble.
  • Le Conseil des arts établit son programme de banque d’œuvres d’art.
  • L’influent journal de grand format Vanguard commence à être publié par la Vancouver Art Gallery.
  • Le premier marathon de Boston auquel les femmes peuvent participer est tenu.

Connexion Musicale

John Weinzweig (1913-2006) a été l’un des plus éminents compositeurs au Canada, et ce, en raison de son propre succès, mais également de celui de ces nombreux élèves compositeurs. Divertimento no 6 est une commande de Paul Brody, faite en 1972 à l’occasion du troisième Congrès mondial du saxophone. Weinzweig y exploite des techniques non traditionnelles, dont des méthodes instrumentales étendues comme le cliquetis des clés ou le fredonnement dans l’instrument. Il recourt à des techniques de composition sérielle comme source de matériel mélodique, notamment à la répétition de séries de notes, sans tonalité centrale. La première de Divertimento no 6 fut exécutée au troisième Congrès mondial du saxophone à Toronto, avec le soutien d’une bourse du Conseil des Arts du Canada.

La musique orchestrale canadienne ayant été en grande partie composée au 20e siècle, après la rupture d’Arnold Schoenberg avec le système tonal, il n’est guère surprenant que les compositeurs canadiens intègrent couramment à leurs œuvres des techniques avant-gardistes et non traditionnelles, dont la notation graphique, le sérialisme, l’improvisation (qui a pratiquement disparu dans la musique occidentale), la disposition inhabituelle des musiciens de l’orchestre, le polystylisme, les techniques musicales étendues et bien d’autres. Toute œuvre renfermant une quelconque combinaison de ces techniques exige généralement davantage des musiciens qui la jouent, ainsi que des personnes qui l’écoutent. Cependant, les techniques non traditionnelles et étendues peuvent aussi susciter des questions inspirantes et stimuler l’interprétation et l’exploration individuelles. Elles peuvent aussi être le point de départ de la formation d’un nouvel art et d’une nouvelle façon d’écouter le monde qui nous entoure.

Hors des sentiers battus : Techniques non traditionnelles et étendues traite de l’individualité créatrice dans la composition et l’écoute de la musique. Les compositeurs canadiens Robert Aitken, John Weinzweig, R. Murray Schafer, Norma Beecroft et Michael Colgrass ont tous utilisé, chacun à leur façon, des techniques de composition non traditionnelles. Leur manière d’aborder la composition a ouvert la voie, pour les musiciens et les auditeurs, à toute une gamme de nouvelles expériences et réactions.

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