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Three Atmospheres (1971)

Portrait du compositeur Symonds, Norman

Symonds, Norman

23 déc. 1920 - 21 août 1998

Vue d'ensemble

Symonds invite l'auditeur à partager les pensées et les impressions qu'il a éprouvées en contemplant trois scènes de la nature canadienne qu'il a traduites en musique. En savoir plus

Connexion Musicale

Paysage visuel et sonore

Paysage visuel et sonore explore la façon dont Claude Champagne, Norman Symonds, Harry Somers, Allen Gordon Bell et Malcolm Forsyth ont été influencés par la topographie, diverse et expansive, du Canada et les sons uniques qui y sont associés. En savoir plus

Biographie

Près de Nelson (Colombie-Britannique), 23 décembre 1920;
Toronto, 21 août 1998

Norman Symonds a brillamment rapproché les univers du jazz et de la musique classique. Son instrument était la clarinette (et, dans une moindre mesure, le saxophone); il en a joué pendant de nombreuses années dans différentes formations, de Victoria à Halifax. Il est devenu le principal animateur au Canada du courant third stream (fusion de jazz et de musique classique). Vers la fin de sa vie, il s’orientait davantage vers la musique classique « pure », bien qu’il n’ait jamais perdu la bosse du jazz.

Les débuts

Symonds naît dans une ferme de la vallée Kootenay, près de Nelson (Colombie-Britannique). À l’adolescence, enthousiasmé par la musique des Duke Ellington, Benny Goodman, Artie Shaw et Woody Herman qu’il écoute à la radio, il apprend la clarinette en autodidacte. Après avoir déménagé à Victoria, il commence à improviser avec d’autres musiciens. Alors qu’il effectue son service au sein de la Marine royale du Canada, il joue dans un orchestre de dixieland à Halifax pendant plusieurs années. De 1945 à 1948, il étudie la clarinette, le piano, la théorie musicale et l’harmonie au Conservatoire royal de musique de Toronto. De 1949 à 1966, il œuvre comme clarinettiste, saxophoniste et arrangeur avec plusieurs formations de Toronto.

Third stream

Selon lEncyclopédie de la musique au Canada, Symonds était « peut-être le principal adepte du mouvement third stream en vogue à cette époque » (les années 1960). Le courant third stream fusionnait des éléments constitutifs du jazz (en particulier l’improvisation) avec des formes classiques (on parlait aussi de jazzical, contraction de « jazz » et « classical »). Parmi les compositions de style third stream de Symonds, mentionnons Fugue for Reeds and Brass, Fugue for Shearing, Concerto grosso, deux Concertos pour octuor de jazz, Autumn Nocturne pour orchestre à cordes et saxophone ténor, The Nameless Hour (créé par l’Orchestre symphonique de Toronto en 1966), The Democratic Concerto (une commande de l’Orchestre symphonique de Winnipeg) et Impulse.

D’un océan à l’autre en caravane Volkswagen

En 1969, grâce à une bourse du Conseil des Arts du Canada, Symonds effectue un périple de 40 000 kilomètres à travers le Canada en caravane Volkswagen. Plus tard, il évoquera en ces termes ce marathon motorisé : « Côté moisson, ce voyage fut l'une des plus fructueuses récoltes de toute ma vie. » La plupart des compositions qu’il écrira par la suite découleront plus ou moins de cette expérience – l’immensité du pays, ses paysages, ses trésors naturels l’inspirent. Au terme de cet éreintant voyage, Symonds écrit les textes d’une série en treize épisodes d’une heure diffusée sur les ondes de la radio anglaise de Radio Canada, Travelling Big Lonely, dont il assure aussi la narration. Cette série d’émissions est radiodiffusée en 1970 et, en reprise, en 1972.

La moisson de 1969

Parmi les nombreux fruits de cette récolte exceptionnelle, mentionnons encore la chanson « Deep Ground, Long Waters »; Three Atmospheres pour orchestre (1970); The Story of a WindA Concerto for Television pour chanteur et ensemble de jazz avec narration, diapositives et séquences filmées sur la trace des vents du Canada, de l’Arctique à l’Atlantique (1971); un second Concerto for Television – The Land (1973); un opéra en un acte intitulé The Spirit of Fundy, basé sur des témoignages de colons acadiens du XVIIe siècle; et Episode at Big Quill, un drame musical commandé par Radio Canada pour l’Année internationale de l’enfant en 1979 et créé par l’Orchestre national des jeunes du Canada. Symonds résume l’expérience vécue au cours de son incroyable odyssée canadienne en ces termes : « Ce que ce voyage m’a appris, c’est à quel point le Canada est riche de faits réels ou fictifs qui ne demandent qu’à être cueillis. Ce voyage m’a appris à regarder autour de moi pour y chercher l’inspiration. Nous devons nous approprier nos propres ressources, notre propre histoire, et les mettre en scène avec imagination et avec goût. »

Le style de Symonds

Dans l’Encyclopédie de la musique au Canada, Clifford Ford et Betty Nygaard King relèvent que « pour l'essentiel, ces œuvres de Symonds s'éloignent de ses pièces third stream. Elles sont expressionnistes par leurs couleurs sombres mais fortes, et par leur désir de transmettre directement les sentiments. Comme ses œuvres de jazz, elles font une utilisation efficace d'ostinatos et d'autres formules, et les timbres instrumentaux sont soigneusement jaugés, mais elles visent un but différent. Le résultat consiste habituellement en un exposé vigoureux, atmosphérique, mais dont le discours est essentiellement simple, distinct de la conversation décontractée de ses pièces third stream. »

Programme de concert

Norman Symonds : nè à Nelson (C.-B.) le 23 décembre 1920; décédé à Toronto, le 21 août 1998

En 1969, grâce à une bourse de travail libre du Conseil des Arts du Canada, Symonds a entrepris un marathon de 25 000 milles qui l'a amené à sillonner tout le Canada. Il a déclaré par la suite : « C'est une des choses les plus importantes que j'ai faites dans ma vie, compte tenu de tout ce que ce voyage m'a permis de récolter. » La plupart des compositions que Symonds écrivit par la suite découlent en quelque sorte de cette expérience qui lui a donné la possibilité d'apprécier la grandeur du pays, les paysages et les merveilles de la nature. Three Atmospheres (« Trois Atmosphères ») est un des fruits de cette récolte. C'était une commande de l’Orchestre philharmonique de Hamilton qui a joué cette œuvre pour la première fois au cours de la saison 1972-1973. Le compositeur a fourni une description détaillée de chacune de ses trois « atmosphères » :

« “ Loon and Lake ” (“ Le huard et le lac ”) dépeint un crépuscule au bord d'un lac désert, dans le Nord de la Saskatchewan. Le calme était absolu et tandis que le ciel s'assombrissait, un huard a lancé son cri, un autre lui a répondu et, pendant un court moment, leurs cris se sont répercutés autour du lac avant de disparaître lentement pour ne laisser que l'écho d'une note dans le lointain; ensuite, la nuit est tombée. […] Ce mouvement évoque une atmosphère mystérieuse, douce et primitive. Les solos sont des microcosmes; à l'instar des prises de vues image par image, ils illustrent en quelques secondes, le cycle de la nature – naissance, croissance et mort – et ils doivent être interprétés avec l'intensité appropriée. La section à 3/4 est une danse rituelle un peu païenne. Tout le mouvement devrait donner l'impression de n'avoir ni commencement ni fin.

Mist and Mountain ” (“ Le brouillard et la montagne ”) décrit une scène observée tôt le matin sur la route de l'Alaska, au sud de Whitehorse. Un épais brouillard dissimulait en partie une montagne sombre de forme conique qui s'élevait dans les environs. Cette scène de la nature sauvage donnait une impression d'ancienneté, d'obscurité et de mystère. […] Ici, le tempo est d'une grande importance, de même que la dynamique. Le rythme du tambour conga, c’est un peu comme le battement du cœur de la terre.

Sun and Sea ” (“ Le soleil et la mer ”) décrit un autre matin que j'ai passé à me promener sur le rivage rocailleux, dans les environs du phare de Sambro, près de Halifax. C'était une belle journée ensoleillée de juin, la mer était calme et j'ai passé la matinée allongé au soleil, respirant profondément et absorbant le rythme de “ notre grande et douce mère, la mer ”, comme le disait Jacques Cousteau. »

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1971

 Histoire, politique et affaires sociales

  • La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) vote afin de reconnaître le droit du Québec à l'autodétermination et à l'indépendance, renversant sa position sur le sujet.
  • La commission métrique est établie pour implémenter la conversion du système de mesure impérial au système métrique.
  • Postes Canada commence à utiliser le code postal à six caractères.
  • Statistiques Canada devient le nouveau nom du Bureau des statistiques du Dominion.
  • Le président Chou-en-Lai reçoit la première mission ministérielle canadienne à visiter la République populaire de Chine.
  • Le sondage Harris affirme que 60 % des Américains sont contre la guerre du Vietnam.
  • Les États-Unis cessent leur embargo d'échange avec la Chine.

Nature, science et technologie

  • Le premier réacteur nucléaire au monde (CANDU), propulsé par uranium naturel et refroidi par eau, entre en opération à Gentilly, Québec.
  • Jack Davis, à la tête d'Environnement Canada, devient le premier ministre de l'environnement du Canada.
  • Un nouvel index boursier, le NASDAQ, entre en opération.
  • Intel lance le premier microprocesseur au monde, l'Intel 4004. 

Arts, lettres et divertissement

  • Le premier Festival des arts de Banff se tient à Banff, Alberta.
  • Sylvia Spring devient la première Canadienne à diriger un film de fiction, Madeleine Is.
  • Les premiers Junos, qui reconnaissent l'excellence en musique canadienne, sont remis à Gordon Lightfoot and Anne Murray.
  • Mordecai Richler publie son roman St. Urbain’s Horseman (Le cavalier de Saint-Urbain).

Connexion Musicale

Norman Symonds est né en Colombie-Britannique et affirme que ce sont la mer et Duke Ellington qui ont le plus marqué ses compositions musicales. Son œuvre Three Atmospheres comprend trois mouvements, « Loon and Lake », « Mist the Mountain » et « Sun and Sea »; chacun offre des portraits précis et lyriques du sujet indiqué par le titre. L’appel du huard interprété par les bois, une brume presque silencieuse, de même que les vagues se brisant, y sont entendus.

Le module Paysage visuel et sonore explore la façon dont le territoire et les bruits du Canada ont influé sur la composition orchestrale canadienne. Dans les termes du compositeur canadien Norman Symonds, ce module d’apprentissage se penche sur la façon dont le paysage, immense et souvent inoccupé, « nous rappelle à tout moment à quel point notre place dans ce monde est infiniment petite ».

Le paysage est directement lié à l’environnement sonore, un terme d’abord utilisé par le compositeur R. Murray Schafer. Dans les années 1970, Schafer a mené un projet de recherche international qui explorait la façon dont les sons caractéristiques de lieux précis affectent les habitants. Ce travail a fait l’objet de son livre, The Tuning of the World. L’environnement sonore et le paysage du Canada ont marqué une bonne part des compositions de Schafer.

« Notre espace est perçu comme étant immense, vide, mystérieux, dur, indifférent, générant à la fois l’admiration et la terreur et un intense sentiment de solitude spirituelle. » (Keillor, 2006) Les compositeurs canadiens ici mis en vedette ont été inspirés par ces espaces et les bruits qui font leur spécificité, à la fois au sens figuratif et au sens littéral. Dans la Symphonie gaspésienne de Champagne, le North Country de Somers, le Three Atmospheres de Symonds, le Spirit Trail de Bell et l’Atayoskewin de Forsyth, on entend des cordes de moustiques, les triomphantes fanfares des montagnes, les mouettes qui plongent le long des gammes et les descriptions sonores et lyriques du lever et du coucher du soleil.

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