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11:41

Évanescence (1970)

  • Compositeur: Prévost, André
  • Chef d'orchestre: Streatfeild, Simon
  • Date de concert: 1970-07-24
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Prévost, André

Prévost, André

30 juil. 1934 - 27 janv. 2001

Vue d'ensemble

Évanescence « a un impact émotionnel puissant; c'est une musique qui captive l'attention de l'auditeur de façon irrésistible sans jamais s'imposer de manière oppressante. C'est une des rares œuvres composées au Canada au cours de la dernière décennie qui, selon moi, résistera à l'épreuve du temps. » Ce point de vue formulé par Jacob Siskind dans le journal Montreal Gazette en 1974 s'est avéré tout à fait juste! En savoir plus

Biographie

Hawkesbury (Ontario), 30 juillet 1934;
Montréal, 27 janvier 2001

André Prévost est né en Ontario mais sa famille venait de Saint- Jérôme, au Québec, où il a grandi. Il était issu d’une grande lignée qui a donné naissance à d’éminents artistes, musiciens, juges et politiciens québécois. Sa musique a été jouée abondamment un peu partout au Canada, en Europe, aux États-Unis, et aussi loin qu’en Corée, en Inde et en Nouvelle-Zélande. Il a été invité à trois occasions à écrire des pièces pour les concurrents du Concours international de musique de Montréal. L’une de ses œuvres les plus remarquables est Terre des Hommes, une pièce d’une durée de quarante-cinq minutes pour orchestre, trois chœurs et deux récitants, écrite pour l’inauguration de l’Expo 67 sur un poème de Michèle Lalonde. Selon Gilles Potvin, critique musical du journal montréalais Le Devoir, « peu d'œuvres musicales créées au Canada possèdent un souffle d'une telle intensité, une vision aussi vaste du monde. »

Les débuts

André Prévost naît au sein d’une famille passionnée de musique : son père, ses cinq frères et ses deux soeurs sont tous musiciens, bien qu’aucun d’entre eux n’en ait fait sa profession. Il reçoit l’essentiel de sa formation musicale au Conservatoire de Montréal, où il étudie l’harmonie et le contrepoint auprès d’Isabelle Delorme et de Jean Papineau-Couture, et la composition sous la férule de Clermont Pépin. En 1960, après neuf ans de Conservatoire, il va poursuivre sa formation pendant deux ans à Paris, auprès d’Olivier Messiaen et d’Henri Dutilleux. En 1964, il se rend au Berkshire Music Center, à Tanglewood, où il a pour professeurs les célèbres compositeurs états-uniens Aaron Copland, Gunther Schuller et Elliott Carter, ainsi que le professeur invité Zoltán Kodály; il retourne ensuite à Paris pour étudier la musique électroacoustique auprès de Michel Philippot. À l’automne 1964, Prévost se fixe dans la métropole québécoise pour se joindre au corps professoral de l’Université de Montréal, où il enseignera presque jusqu’à son dernier souffle, plus de trente ans plus tard.

La pensée musicale de Prévost

Prévost est reconnu comme un homme sérieux et réfléchi, qui médite souvent sur les forces à l’oeuvre derrière la création artistique et sur la place de l’homme dans l’univers. « Je ne peux simplement pas m’empêcher de faire passer mes préoccupations spirituelles dans mes œuvres », dira-t-il un jour. Dans une entrevue accordée en 1983, il déclarait : « Je pense que l’œuvre d’art est une œuvre spirituelle; il y a quelque chose de religieux dans l’art. Et en ce sens, je crois que c’est très primitif, et que nous poursuivons tous, tant que nous sommes, un absolu que nous voudrions bien atteindre et que nous n’atteignons jamais. Et si jamais un jour nous l’atteignons, c’est lorsque la vie telle que nous l’entendons – la vie humaine – cesse. Alors, c’est un absolu inaccessible; l’absolu ne fait absolument pas partie de notre vie humaine. Mais nous tendons tous vers cet absolu, qui est probablement le moteur qui fait que nous cherchons sans cesse. »

Prévost sur la composition

À la faveur de la même entrevue, Prévost abordait en ces termes lumineux le sujet de la composition : « Si c’est seulement l’instinct qui gouverne une composition, je crois que la portée de cette œuvre, la plupart du temps, sera extrêmement limitée – elle manquera de souffle. Il faut donc qu’il y ait, comme je le dis souvent, une conjugaison entre l’instinct et l’intelligence, ou l’intellect, plus exactement, de sorte qu’on ne sache pas très bien ce qui est intellect et ce qui est instinct. Et d’ailleurs, chez les musiciens que j’admire le plus (…) – prenons Lutoslawski pour maintenant et Beethoven pour avant – pour moi, c’est ce qui fait vraiment leur grandeur. C’est qu’il y a un mariage – je ne dirais pas parfait, mais enfin, une sorte de conjugaison – de ces deux aspects de la manière de penser les sons qui sont extraordinairement homogènes. Si on analyse dans ses parties une œuvre de Beethoven, par exemple, on va toujours trouver quelque chose. C’est une musique qui ne vieillit pas; elle est toujours remplie de sève et, à l’analyse, on trouve des choses absolument admirables. Mais ce n’est pas que des questions d’analyse. Il y a aussi de l’indéfinissable, si je puis dire. Et c’est ça qui fait le charme, la grandeur, la profondeur de ces œuvres. »

La série Chorégraphie

Tout comme les cinéastes et les écrivains, il arrive qu’un compositeur écrive une série ou une suite découlant d’une première œuvre. Ainsi, John Weinzweig et Murray Adaskin ont tous deux produit plusieurs pièces dans le cadre de leurs séries respectives de Divertimento; Serge Garant a composé trois Offrandes et autant de Circuits; Bruce Mather a écrit cinq Madrigals; et R. Murray Schafer, sans doute aiguillonné par le phénomène des suites au cinéma, a écrit un Son of Heldeleben (« Le Fils de Heldeleben »). Pour André Prévost, ce sera la série Chorégraphie, quatre pièces pour orchestre toutes composées dans les années 1970. Pour chacune de ces oeuvres, le compositeur utilise le titre dans un contexte bien précis, décrivant les lieux et les milieux dans lesquels la vie se déroule, où elle est « dansée », pour ainsi dire. Ces lieux se situent, selon lui, au cœur de la conscience humaine. Ce que Prévost exprime dans cette série de compositions, c’est sa propre vision de l’univers dans toute sa complexité, dans sa réalité « exaltante » et « déprimante »; en bref, dans sa globalité.

La musique de Prévost et la danse

Un nombre étonnant de partitions de Prévost ont donné lieu à des chorégraphies, même si ce n’était pas l’intention du compositeur au moment où il les a écrites. Une seule pièce de la série Chorégraphie a reçu ce traitement (la première), mais en plus de cette composition, le Groupe Nouvel’Aire a ajouté, en 1973, six autres de ses oeuvres à son répertoire : la Sonate pour violon, la Sonate pour violoncelle, Diallèle, Évanescence, Fantasmes et le Quatuor à cordes no 2. Cinq ans plus tôt, le Toronto Dance Theatre avait aussi réglé son ballet Primordial sur la Sonate pour violon, et en 1980, le Ballet national du Canada a intégré Fantasmes à son ballet Newcomers, chorégraphié par Brian Macdonald. (Des extraits musicaux de Harry Freedman et de John Weinzweig étaient aussi inclus dans Newcomers.)

Prix et honneurs

En 1977, Prévost a reçu la médaille du Conseil canadien de la musique pour son « apport exceptionnel à la musique canadienne » et en 1985, le prix annuel pour la musique de concert de la Société des droits d'exécution du Canada. Il a été nommé officier de l’Ordre du Canada le 1er janvier 1986. Un auditorium à Saint-Jérôme a été baptisé en son honneur.

Programme de concert

André Prévost : né à Hawkesbury (Ontario), le 30 juillet 1934; décédé à Montréal, 27 janvier 2001

Évanescence est une commande de l'Orchestre du CNA pour sa première saison (1969-1970). Mario Bernardi, directeur musical de l'Orchestre, en a dirigé la création le 7 avril 1970. La partition est dédiée au directeur musical du Centre national des Arts Jean-Marie Beaudet.

Prévost écrit : « D’une conception très libre et quasi impressionniste au début, Évanescence est une page qui évolue de plus en plus vers une complexité d’écriture et d’orchestration où le contrepoint tient le rôle principal. Malgré cette progression, la musique y demeure empreinte d’un lyrisme constant qui s’exprime à la fois par d’amples mélodies (de plus en plus “ entourées ” de motifs qui les contredisent) et par une structure formelle extrêmement statique qui agit autant sur les hauteurs et les intervalles que sur les nuances and les timbres. »

Évanescence porte bien son titre : c’est en effet une musique fugace, qui s'évanouit et disparaît peu à peu dans le néant; l'œuvre s'achève exactement de cette façon. Le Catalogue de musique canadienne pour orchestre du Centre de musique canadienne décrit de manière évocatrice les derniers moments de la composition : « L'œuvre ne s'achève pas réellement; elle disparaît peu à peu, s'efface, s'évanouit en fondu, ne laissant qu'une sorte d'empreinte sonore imprécise, une impression impalpable qui accentue l'atmosphère qui précédait l'œuvre, en s’immergeant dans le silence. »

Cette composition d'une dizaine de minutes comprend un seul mouvement divisé en trois sections reliées entre elles. Après une brève introduction, les violons entament une longue ligne mélodique qui se déploie continuellement. Peu à peu, des lignes contrapuntiques se rajoutent, la texture devient plus dense, le mouvement rythmique s’accentue, le volume augmente. Lorsque la musique atteint son paroxysme, les cuivres et les instruments de percussion sont au premier plan. On assiste ensuite à une sorte de réexposition, dans laquelle le basson, à peine audible à travers l'épaisse pâte sonore, joue la mélodie confiée au départ aux violons. Les dernières pages reprennent la musique de l'introduction, réorchestrée; après un dernier soubresaut des cuivres et des instruments de percussion, les cordes entament, sur une figure de quatre notes continuellement répétée, leur lente descente vers le seuil de l'audibilité.

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1970

Histoire, politique et affaires sociales

  • Le gouvernement fédéral présente son livre blanc sur la conversion métrique.
  • L'âge légal pour voter aux élections fédérales passe de 21 à 18 ans.
  • Chaque province a maintenant un programme d'assurance-maladie.
  • La population canadienne atteint un sommet de 21 millions.
  • Le Front de Libération du Québec (FLQ) kidnappe l'attaché commercial de Grande-Bretagne James Cross et exige une rançon de 500,000 $ et la libération de 21 « prisonniers politiques ». Le FLQ est également responsable de l'enlèvement du ministre du travail du Québec Pierre Laporte, qui plus tard sera retrouvé mort dans le coffre d'une voiture.
  • La Crise d'octobre initiée par le FLQ pousse le gouvernement Trudeau à proclamer la Loi des mesures de guerre et à imposer la loi martiale. Des soldats sont dépêchés à Montréal pour protéger la ville d'éventuelles attaques terroristes.
  • Le Canada et la République populaire de Chine acceptent d'établir des relations diplomatiques. Les liens officiels avec Taiwan sont rompus.

Nature, science et technologie

  • La plus haute cheminée du monde (381 mètres) est complétée par Inco à Copper Cliff, près de Sudbury, Ontario
  • Shell Canada introduit l'essence sans plomb au pays.
  • L'utilisation de phosphates dans les savons à lessive est bannie au Canada.
  • Le bateau-citerne Arrow se fend en deux au Capbreton et provoque un déversement majeur de pétrole au large de la Nouvelle-Écosse.
  • La première proclamation de la Journée de la terre est présentée à par le maire de San Francisco Joseph Alioto.

Arts, lettres et divertissement

  • Le comité international olympique accorde à Montréal les Jeux olympiques d'été de 1976.
  • Une exposition de plus de 200 peintures du Groupe des Sept se tient au Musée des Beaux-arts du Canada à Ottawa. Elle marque le 50e anniversaire de la première exposition du groupe.
  • Le pavillon canadien à l'Expo 70 d'Osaka, conçu par Arthur Erickson, remporte un prix important d'architecture.
  • Anne Murray devient la première chanteuse canadienne à vendre plus d’un million aux États-Unis avec la chanson Snowbird.
  • L’historien Donald Creighton publie Canada’s First Century, 1867-1967
  • Robertson Davies publie le premier roman de sa trilogie de Deptford, Fifth Business.
  • Michael Ondaatje publie The Collected Works of Billy the Kid, qui remporte le Prix du Gouverneur général.
  • Anne Hébert publie le roman Kamouraska, qui remporte le Prix des Libraires en France.
  • Le film Mon Oncle Antoine est lancé et remporte 14 prix internationaux, devenant le premier film en français à attirer un public anglophone important.
  • Canadian Brass, « le meilleur ensemble de cuivres au monde » (Washington Post), est fondé.
  • Le peintre Lawren Harris, du Groupe des Sept, meurt.
  • Pierre Berton publie The National Dream: The Great Railway, 1871-1881.