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Red Ear of Corn Suite, Ballet Suite (1949)

Portrait du compositeur Weinzweig, John

Weinzweig, John

11 mars 1913 - 24 août 2006

Vue d'ensemble

La partition du ballet The Red Ear of Corn est un mélange de musique iroquoise, de chansons folkloriques canadiennes-françaises et de musique de violon populaire. Le scénario du ballet révèle pourquoi on trouve à l'occasion des épis de maïs rouges dans les champs du Québec où tous les autres épis de maïs sont jaunes. La Suite orchestrale comprend trois danses extraites du ballet intégral. En savoir plus

Biographie

Né à Toronto, 11 mars 1913;
décédé à Toronto, 24 août 2006

Bien qu’il n’ait certainement pas été le premier compositeur du Canada, John Weinzweig a contribué, plus que tout autre, à donner à la profession de compositeur ses lettres de noblesse dans notre pays. C’est pourquoi il a été surnommé le « doyen des compositeurs canadiens ». Qui plus est, on aurait mauvaise grâce à nier qu’il a exercé une plus grande influence que tout autre musicien de sa génération sur la scène de la musique classique au Canada. En près de quarante ans d’enseignement au Conservatoire royal de musique et à l’Université de Toronto (il a pris sa retraite en 1978), Weinzweig a été le professeur et l’inspiration de bon nombre des meilleurs compositeurs que le Canada ait produits.

Les débuts

Malgré son titre officieux de « doyen des compositeurs canadiens », Weinzweig n’est issu d’aucune des deux cultures prédominantes – francophone et anglophone – des peuples fondateurs du Canada : il est plutôt d’ascendance juive polonaise. Il n’a pas, non plus, emprunté le parcours typique des premiers compositeurs canadiens, lesquels partaient étudier en France ou en Angleterre selon qu’ils étaient Canadiens français ou Canadiens anglais. Après ses études à l’Université de Toronto, il a rompu avec la tradition et est allé poursuivre sa formation à l’Eastman School of Music à Rochester (New York). Il y a reçu ses premières leçons de composition (une matière qui n’était tout simplement pas enseignée à Toronto à l’époque) et, après avoir travaillé pendant seulement un an sous la férule de Bernard Rogers, est rentré à Toronto avec sa maîtrise en poche.

Retour à Toronto

À son retour à Toronto (1939), Weinzweig compose la première pièce musicale canadienne épousant la technique sérielle (le deuxième mouvement de sa Suite pour piano no 1). Mais la très conservatrice Toronto n’est pas encore prête, à l’époque, à accueillir les sonorités nouvelles que Weinzweig a découvertes à Eastman. « Le reste de sa vie », écrit Florence Hayes, « se confond, en bonne partie, avec l’histoire du développement de la nouvelle musique au Canada. » R. Murray Schafer faisait remarquer, en 1973, que « s’il fallait citer le plus grand service que [Weinzweig] ait rendu au Canada, ce pourrait être qu’il a essuyé à lui seul la première vague de critique virulente, jusqu’à ce qu’il ait pu éduquer suffisamment d’autres compositeurs pour trouver auprès d’eux la camaraderie de la Ligue canadienne des compositeurs. En refusant d’admettre que sa musique menait à l’impasse (…) il a obtenu peu à peu que notre musique à tous soit reçue de façon moins hostile. » Un autre compositeur, Gary Kulesha, a tenu ces propos à l’occasion de l’hommage rendu à Weinzweig pour son quatre-vingt-dixième anniversaire : « Que ce soit par sa démarche de compositeur ou par ses nombreuses activités en tant qu’organisateur et administrateur, John [Weinzweig] a touché tous les musiciens classiques du pays, d’une manière ou d’une autre, au cours des soixante dernières années. À quatre-vingt-dix ans, il s’attache encore à changer le monde, il veut encore bien faire. Et il commande toujours le respect. Il est toujours convaincu que les Canadiens ont le devoir de s’engager envers les autres Canadiens. Je ne vois par qui pourrait mériter davantage que lui le titre de ‘doyen des compositeurs canadiens’. »

Musique pour la radio et le cinéma

Entre 1941 et 1951, Weinzweig a composé de la musique pour une centaine d’émissions dramatiques de la Société Radio Canada/CBC, notamment pour les séries radiophoniques New Homes for Old, White Empire et Jalna. Il a aussi écrit plusieurs musiques de films pour l’Office national du film du Canada. Cette activité lui a donné l’occasion de peaufiner son art et de développer un style très personnel, tout en initiant progressivement les auditeurs à autre chose que les musiques exclusivement traditionnelles et conservatrices auxquelles ils étaient habitués.

Enseignement

Professeur au Conservatoire royal de musique de 1939 à 1960 (exception faite des années où il a servi dans l’Aviation royale canadienne, de 1943 à 1945) et à l’Université de Toronto de 1952 à 1978, Weinzweig a formé un véritable gotha de la profession : Murray Adaskin, Robert Aitken, John Beckwith, Norma Beecroft, Brian Cherney, Harry Freedman, Srul Irving Glick, Gary Hayes, Bruce Mather, R. Murray Schafer, Harry Somers et bien d’autres.

Fonctions administratives

En 1951, de concert avec Harry Somers et plusieurs autres collègues et élèves, Weinzweig a été l’un des membres fondateurs de la Ligue canadienne des compositeurs, dont il est devenu le premier président. Huit ans plus tard, il était l’un des fers de lance de la fondation du Centre de musique canadienne, qui joue un rôle si fondamental en tant que promoteur et diffuseur de la musique des compositeurs canadiens partout au pays et à l’étranger. De 1973 à 1975, il a œuvré comme président de l’Association des compositeurs, auteurs et éditeurs du Canada (CAPAC).

La musique

En plus de soixante ans de carrière, Weinzweig a produit une quantité appréciable d’œuvres musicales dans pratiquement tous les genres, à l’exception de l’opéra. Sa production est particulièrement abondante dans le domaine de la musique de chambre, qui compte au-delà d’une trentaine d’œuvres. Particulièrement remarquable est sa série de douze Divertimentos pour instruments solistes et orchestre à cordes. Ces pièces l’ont occupé pendant cinquante ans, à commencer par le Divertimento no 1 pour flûte et orchestre à cordes, datant de 1946 (pour lequel il a reçu une médaille d’argent aux Jeux olympiques de 1948), jusqu’au Divertimento no 12 pour quintette d’instruments à vent et orchestre à cordes, créé en 1998. Les autres pièces de la série, composées dans l’intervalle, mettent à l’honneur des instruments qui bénéficient rarement d’un tel traitement : le hautbois, le basson, le saxophone alto, le cor, le tuba et le cor anglais, entre autres. Ses amples concertos pour violon, pour piano et pour harpe comptent parmi les plus importants jamais écrits pour ces instruments par un compositeur canadien. On lui doit aussi la première pièce musicale canadienne à utiliser le procédé dodécaphonique (sa Suite pour piano no 1 de 1939). Son catalogue comporte également un nombre substantiel d’œuvres pour piano et de pièces vocales. L’article qui lui est consacré dans l’Encyclopédie de la musique au Canada décrit comme suit les caractéristiques générales de son style : « (…) clarté de la texture, économie du matériau, énergie rythmique, organisation motivique habituellement serrée mais non servilement contrôlée, grâce à la série, courtes explosions mélodiques contrastant avec de longues lignes continues, et harmonies souvent stridentes, mais ne perdant jamais complètement leur orientation. »

Honneurs, prix et distinctions

Lorsque Radio Canada International a lancé son Anthologie de la musique canadienne, en 1978 (une série qui compte maintenant plus de trente volumes), Weinzweig a été le premier compositeur à bénéficier de cet honneur. Détenteur de doctorats honorifiques des universités d’Ottawa et de Toronto, il a été nommé officier de l’Ordre du Canada, en 1974, en reconnaissance de ses efforts inlassables pour améliorer le sort des compositeurs canadiens et pour enrichir la vie musicale du Canada. En 1978, il a reçu la médaille du Conseil canadien de la musique et en 1981, la Ligue canadienne des compositeurs l’a nommé président émérite. En 1988, il a été nommé membre de l’Ordre de l’Ontario et en 2002, il a reçu la médaille commémorative du Jubilé de la reine. Premier compositeur à recevoir le prix Molson décerné par le Conseil des Arts du Canada en 1981, il devenait également le premier compositeur à recevoir le prix du Roy Thomson Hall de Toronto en 1991. Son rayonnement est tel sur la scène internationale que dans les années 1980, Weinzweig estimait qu’une bonne moitié de ses droits d’auteur provenait de l’étranger.

Programme de concert

John Weinzweig : Toronto, 11 mars 1913; Toronto, 24 août 2006

Le ballet Red Ear of Corn est une commande de Boris Volkoff, directeur du Volkoff Canadian Ballet. Il a été créé en mars 1949, à l'occasion du deuxième Festival du ballet canadien, à Toronto. Weinzweig a écrit de nombreuses compositions qui s'inspirent de thèmes canadiens. Elaine Keillor, biographe du compositeur, explique que « Volkoff rêvait de créer un véritable ballet national qui produirait des œuvres de chorégraphes et de compositeurs canadiens. Beaucoup considéraient le ballet Red Ear of Corn comme la meilleure réalisation de Volkoff. » Le ballet d'une trentaine de minutes obtint d'excellentes critiques lors de la première, mais il ne resta à l'affiche que le temps de trois représentations et n'a jamais été donné depuis dans sa version intégrale. Une suite en trois mouvements représentant environ la moitié du ballet intégral a permis de garder la musique vivante dans l'esprit du public. En fait, l'épisode intitulé « Barn Dance » qui provient du deuxième acte, demeure une des compositions les plus souvent jouées de Weinzweig.

Selon Mme Keillor, Weinzweig « ne cite aucune musique amérindienne ou canadienne-française existante. Il a plutôt cherché à reconstituer l'atmosphère des matériaux musicaux d'origine. Dans “ Tribal Dance ”, un numéro du premier acte, la mélodie des trombones contient des notes répétées, des quartes descendantes, un registre étroit et une articulation qui rappelle le son de voyelles aspirées. Toutes ces caractéristiques appartiennent à la musique vocale iroquoise. » Les Iroquois utilisant presque exclusivement des instruments de percussion, on entend beaucoup de ces instruments dans Red Ear of Corn, en particulier dans leur capacité rythmique.

Weinzweig décrit de la manière suivante chacune des trois danses de la Suite :

Tribal Dance (Danse tribale) – « Le guerrier et ses braves exécutent une danse de vengeance contre la jeune amérindienne blessée. Construite autour des rythmes complexes des timbales et du tom-tom, la musique s'amplifie jusqu'à l’explosion de la colère. »

Ceremonial Dance (Danse cérémoniale) – « C'est le printemps. Les jeunes plants de maïs commencent à sortir de terre. Les jeunes filles amérindiennes se déplacent au rythme lent d'une danse élégante en hommage aux Esprits du maïs. »

Barn Dance (Danse villageoise) – « L'action se situe à l'époque actuelle, sur la place d'un village québécois. Les habitants font revivre la légende de “ L'Épi de maïs rouge ” au cours d'une “ épluchette de blé d'Inde ”. La dernière danse est animée et gaie. »

L'histoire de « l'Épi de maïs rouge » provient d'une légende iroquoise dans laquelle un épi de maïs est teinté de manière indélébile par le sang d'une jeune femme battue pour avoir refusé d'épouser un prétendant. Depuis lors, l'épi de maïs rouge est considéré comme un symbole de foi et de pureté. Par la suite, le folklore canadien-français a intégré cette légende, et, selon la tradition, un homme qui trouvait un épi de maïs rouge au cours d'une épluchette de blé d'Inde, avait le droit de choisir n'importe quelle fille de l'assemblée pour en faire sa femme.

Weinzweig racontait une anecdote amusante au sujet de l'épi de maïs « rouge » : « De nombreuses années plus tard [après la première], mon père fit une demande de visa pour un séjour prolongé aux États-Unis à l'époque du maccarthysme, quand les Américains, voyant des communistes partout, exigeaient que les étrangers se soumettent à cette procédure. On lui demanda s'il avait déjà été membre du Parti communiste. Mon père éclata de rire et répondit par la négative. Les fonctionnaires lui mentionnèrent alors le ballet Red Ear of Corn (L'Épi de maïs rouge). Le consulat des États-Unis à Ottawa avait ouvert à mon sujet un dossier qui contenait des coupures de journaux concernant le ballet et le concert canado-soviétique donné à l'époque de la guerre [par l'Orchestre symphonique de Toronto en 1943]. Même si le ballet s'inspirait d'un thème iroquois, la seule chose qui avait frappé les fonctionnaires, c'était le mot “ rouge ”! »

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1949

Histoire, politique et affaires sociales

  • Terre-Neuve rejoint la Confédération et devient la 10e province.
  • Le Canada devient l'un des 12 membres originaux de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Lester Pearson, alors ministre des affaires étrangères, signe le Pacte de l'Atlantique Nord à Washington, D.C. le 4 avril.
  • Le Canada se joint à l'International Criminal Police Organization, mieux connue sous le nom d'Interpol.
  • 5,000 ouvriers membres de la Confédération canadienne des travailleurs catholiques tombent en grève illégale, paralysant les principales mines d'amiante.
  • Plus de 100 personnes meurent lorsque le vieux bateau de croisière Noronic, construit au Canada, est détruit par le feu.
  • Nancy Hodges devient présidente de la chambre des communes de la Colombie-Britannique; elle est la première femme du Commonwealth à occuper une telle position.
  • Le gouvernement retire les restrictions sur les déplacements des Japonais et leur donne le droit de vote.
  • Le président Truman annonce que l'Union soviétique a fait exploser sa première bombe atomique.

Nature, science et technologie

  • Une épidémie de polio frappe les Inuit de l'Est de l'Arctique.
  • La Loi sur la route transcanadienne est signée, autorisant la construction d'une autoroute à deux voies d'un bout à l'autre du pays.
  • La construction du métro de Toronto commence.

Arts, lettres et divertissement

  • Le Canada se joint au mouvement Jeunesses Musicales International, une organisation à but non lucratif qui soutient et fait la promotion de la carrière des jeunes musiciens. L'organisation compte aujourd'hui plus de 40 pays membres sur 6 continents.
  • Richard Bonnycastle, un imprimeur de Winnipeg, ancien commerçant de fourrures, commence à publier les romans Harlequin. En 2000, Harlequin Books vendrait plus de 160 millions de livres par année.
  • Frank Johnston, membre du Groupe des Sept, meurt.
  • La Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada – i.e. la Commission Massey-Lévesque – commence ses délibérations. La Commission Massey déposera son rapport en 1951, ce qui mènera à la mise sur pied de programmes gouvernementaux tels la Bibliothèque Nationale (1953) et le Conseil du Canada (1957).
  • Une loi d'un membre privé est déposée afin de bannir les bandes dessinées pour des raisons morales (plutôt qu'économiques), en réponse à l'amendement du code criminel qui interdit à tout périodique de dépeindre « la perpétration de crimes, réels ou fictifs ».
  • La Saskatchewan établit la première fondation artistique publique en Amérique du Nord.