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11:31

Kaléidoscope (1948)

  • Compositeur: Mercure, Pierre
  • Chef d'orchestre: Armenian, Raffi
  • Date de concert: 1977-11-17
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Mercure, Pierre

Mercure, Pierre

21 févr. 1927 - 29 janv. 1966

Vue d'ensemble

On sait tous comment fonctionne un kaléidoscope : c'est un tube rempli de petits morceaux de verre ou de plastique colorés à travers lequel on regarde pour découvrir les différents motifs brillants et symétriques qui se forment constamment à mesure que l'on fait tourner le tube. Dans Kaléidoscope, sa première œuvre orchestrale accomplie, Mercure obtient le même effet sur le plan musical, une sorte d'orchestration kaléidoscopique, grâce à des configurations de couleurs instrumentales constamment changeantes. En savoir plus

Connexion Musicale

Inspiration visuelle

Les idées musicales peuvent être inspirées d’images visuelles – comme le démontrent les compositeurs Melissa Hui, Serge Garant, Alexander Brott, Pierre Mercure et Steven Gellman, qui rapprochent leurs compositions aux éléments et aux principes de la création artistique. En savoir plus

Biographie

Montréal, 21 février 1927;
environs d’Avallon, France, 29 janvier 1966

Le 29 janvier 1966, le Canada a perdu l’un de ses jeunes compositeurs les plus prometteurs quand Pierre Mercure, à trente-huit ans seulement (soit au même âge que Mendelssohn), a trouvé la mort dans un accident de la route survenu près d’Avallon, entre Paris et Dijon, au centre de la France. Dans sa brève carrière, il s’est hissé au premier rang des compositeurs canadiens contemporains et a manifesté une remarquable propension à progresser sans rien perdre de son intégrité artistique. « Il avait l’oreille d’un musicien, l’œil d’un artiste visuel, et le sens du mouvement d’un réalisateur de la télévision », ainsi que l’a souligné le compositeur Udo Kasemets.

Études à Montréal et à Paris

Pierre Mercure entreprend sa formation professionnelle au Conservatoire de Montréal et poursuit ses études, par intermittence, à Paris. Trois autres compositeurs québécois qui séjournent à Paris à l’époque – Gabriel Charpentier, Jocelyne Binet et Clermont Pépin – influenceront profondément le jeune compositeur dans sa quête d’indépendance artistique. À leur contact, il se consacre avec un intérêt croissant à la musique concrète, à la musique aléatoire et, surtout, à l’intégration de différents véhicules artistiques (théâtre, cinéma, danse, peinture, sculpture).

Mercure est un homme d’une vaste érudition. Au Conservatoire de Montréal, il étudie l’harmonie et la composition sous la férule de Claude Champagne. De plus, il apprend à jouer pas moins de six instruments : le piano, l’orgue, la flûte, le violoncelle, la trompette et le basson – qui deviendra son instrument de prédilection. Au début de la saison 1947-1948, il est engagé par Wilfrid Pelletier comme bassoniste au sein de l’Orchestre symphonique de Montréal. Il reste membre de l’orchestre jusqu’en 1952, avec toutefois un hiatus au cours de la saison 1949-1950 alors qu’il séjourne à Paris, étudiant d’abord brièvement la composition auprès Nadia Boulanger et, par la suite, l’orchestration auprès d’Arthur Hoérée et la direction d’orchestre auprès de Jean Fournet. À l’été 1951, il se rend à Tanglewood pour suivre les cours de Luigi Dallapiccola, l’un des chefs de file du dodécaphonisme, avec qui il se lie d’amitié. Mercure rejettera plus tard le sérialisme, qu’il juge trop contraignant. Jeune compositeur ambitieux et aventureux, il est en quête de nouveaux territoires musicaux à conquérir.

Les premières compositions

La première composition importante de Mercure est une musique de scène basée sur Alice au pays des merveilles (1947). L’année suivante, il compose Kaléidoscope, une fantaisie orchestrale de onze minutes qui deviendra l’une de ses œuvres les plus jouées. Dans cette composition, Mercure manifeste une maîtrise de la palette orchestrale particulièrement remarquable, venant d’un jeune compositeur qui en était alors à son premier essai pour l’orchestre entier. Toujours en 1948, il écrit une autre pièce orchestrale, Pantomime, qui « illustre le mieux les intentions du compositeur, à savoir celles de développer un style personnel et indépendant tout en restant musicalement objectif, c'est-à-dire à travers l'étude des contrastes dans les lignes, à travers l'étude de la forme et de nouvelles sonorités » (Centre de musique canadienne). Son Divertissement, une œuvre de douze minutes écrite en 1957, est essentiellement tonal, malgré ses harmonies piquantes, et contient des passages d’un grand lyrisme sonore.

La Société Radio-Canada

En janvier 1952, Mercure entre au service de Radio-Canada, devenant du même coup le tout premier réalisateur d’émissions musicales pour la télévision. De 1954 à 1959, il produit plus de quarante émissions de la série L’Heure du concert. Il est aussi responsable des émissions Jazz Workshop, Music Hall, Pays et merveilles et plusieurs autres. « Il s'impos[e] », écrit Lyse Richer dans l’Encyclopédie de la musique au Canada, « par la qualité alliée à une recherche visuelle constante, souvent teintée d'audace. »

La musique électroacoustique

Vers la fin des années 1950 et le début des années 1960, Mercure s’immerge dans l’univers, alors balbutiant, de la musique électronique. Cet intérêt est attisé par un voyage en Europe qu’il effectue en 1957-1958, au cours duquel il entre en contact avec Pierre Schaeffer et son Groupe de recherches musicales. Parmi ses œuvres de cette période, construites à partir de sons concrets modifiés par des moyens électroniques, mentionnons Répercussions, Structures métalliques I et II, Incandescence et Improvisation.

Un événement exceptionnel à Montréal

En août 1961, Mercure organise un festival d’avant-garde à Montréal auquel il convie une liste impressionnante de compositeurs de tout premier plan, pour ne mentionner que John Cage, Serge Garant, Mauricio Kagel, Kalrheinz Stockhausen, Christian Wolff et Iannis Xenakis. Malheureusement, la Semaine internationale de musique actuelle restera une expérience sans lendemain, mais cet événement ouvrira la voie à la SMCQ (Société de musique contemporaine du Québec), créée en 1966 et reconnue, aujourd’hui, comme l’un des plus importants diffuseurs de musique moderne canadienne et étrangère au Canada.

Programme de concert

Pierre Mercure : Montréal, le 21 février 1927;  près d’Avallon, France, 29 janvier 1966

La fantaisie symphonique Kaléidoscope est une des premières œuvres de Mercure et sa première composition pour orchestre, écrite en 1947-1948 et révisée en 1949. Elle fut créée le 28 mars 1948 par l'Orchestre de Radio-Canada à Montréal placé sous la direction de Jean Beaudet. Kaléidoscope, pièce d'une dizaine de minutes, est de forme ternaire simple (A-B-A) et fait appel à un orchestre de taille modeste donnant la vedette aux instruments de percussion brillants et scintillants (glockenspiel, xylophone, cymbales). Cette œuvre révèle une maîtrise exceptionnelle de la palette orchestrale, surtout de la part d'un jeune compositeur qui signe ici sa première composition pour orchestre complet; il n'est donc pas surprenant que cette œuvre soit, depuis sa création, une des musiques les plus souvent jouées du compositeur. Les sonorités brillantes, le changement constant des couleurs de l'orchestre, l’atmosphère enjouée, la clarté des textures et les rythmes brefs et asymétriques ne manquent pas de rappeler à de nombreux auditeurs le style néoclassique de Stravinski. Une brève et sombre introduction ne laisse absolument pas deviner la musique énergique et dansante qui va suivre. L'épisode central calme revient aux couleurs sombres du début, mais ce passage est de courte durée. La section « A » est de retour sous une forme différente et la musique s'achève tranquillement sur une note plutôt poignante.

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1948

Histoire, politique et affaires sociales

  • L’Assemblée des Nations unies adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme. En accord avec celle-ci, le droit des femmes à l’emploi et au salaire égal devient politique officielle canadienne.
  • Louis St-Laurent est élu premier ministre.
  • Le Canada envoie des observateurs militaires au Cachemire après la première guerre entre l’Inde et le Pakistan.
  • Une inondation au Manitoba laisse 2,500 personnes sans résidence. Des inondations en Colombie-Britannique en déplacent 9,000.
  • Les Juifs canadiens commencent à émigrer dans le nouvellement formé état d’Israël. En 1998, leur nombre atteintra 8,000.
  • Le pacifiste et chef indien Mahatma Gandhi est assassiné par Nathuram Godse.

Nature, science et technologie

  • Le Canada devient le premier pays à offrir un service par avion pour toutes les livraisons de lettres en première classe.
  • La compagnie de chemin de fer Bangor & Aroostook inaugure le premier train de passagers propulsé au diesel.
  • L’armée de l’air israélienne est formée, en même temps que le nouvel état d’Israël.
  • Columbia Records présente le premier disque 331/3 tours LP (« long playing »), qui permet d’enregistrer environ 25 minutes de musique par côté, plutôt que les 4 minutes du disque 78 tours, standard précédent de l’industrie.

Arts, lettres et divertissement

  • Borduas publie le manifeste Refus global, éclipsant celui du groupe d’Alfred Pellan Prisme d’yeux. Borduas est renvoyé de son poste de professeur à l’École du meuble de Montréal.
  • Roger Lemelin publie son roman Les Plouffe, qui devient matière de l’émission de radio (et plus tard télé) populaire La Famille Plouffe.

Connexion Musicale

La vie et l’œuvre de Pierre Mercure étaient axées sur l’intégration des différentes formes de création (théâtre, musique, danse, peinture et sculpture). Claude Champagne a initié Mercure à la musique française et a développé ses talents d’orchestrateur. Mercure a composé Kaléidoscope en 1948, puis l’a adaptée en 1950 et en 1960 pour les orchestres complets et ceux de taille moyenne. Kaléidoscope est l’étude de motifs symétriques changeants de couleurs orchestrales, à l’image de ce que nous verrions en regardant à l’intérieur du tube d’un kaléidoscope. Bien que cette œuvre ait été réalisée très tôt dans la carrière de compositeur de Mercure, Kaléidoscope fait preuve d’une maîtrise de la palette orchestrale. Cette œuvre a été jouée en concert à de nombreuses reprises depuis sa première présentation.

Les artistes visuels et les compositeurs disposent de moyens propres à leur discipline de donner un sens à la vie; nonobstant, l’œuvre réalisée dans une forme artistique peut être le catalyseur de la création dans une autre. Le module Inspiration visuelle explore le lien intime qui existe entre les arts visuels et la musique et qui se dégage des œuvres des compositeurs canadiens Serge Garant, Steven Gellman, Melissa Hui, Pierre Mercure et Alexander Brott.

Les compositeurs expliquent, dans leurs propres mots, en quoi leurs œuvres musicales ont été inspirées par des images visuelles spécifiques, qu’elles soient réelles ou imaginaires. Les activités d’écoute et d’apprentissage du module Inspiration visuelle guident les élèves dans l’exploration des éléments et des principes de création – couleurs, lignes, formes et textures – qui se dégagent de ces images, qui agissent comme autant de catalyseurs. Elles examinent ensuite les différentes stratégies et techniques utilisées par les compositeurs pour « traduire » et prolonger ces éléments en une technique musicale, et y réagir. Les élèves composent leur propre musique et appliquent certains des principes présentés dans le cadre de ce module.

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