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18:33

Symphonie Gaspésienne (1945)

  • Compositeur: Champagne, Claude
  • Chef d'orchestre: Streatfeild, Simon
  • Date de concert: 1986-11-01
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Champagne, Claude

Champagne, Claude

27 mai 1891 - 21 déc. 1965

Vue d'ensemble

Dans le répertoire orchestral, la Symphonie Gaspésienne est un des exemples les plus explicites de peinture du paysage canadien. Grâce aux couleurs instrumentales contrastantes de la musique de Champagne, il n'est pas difficile d'imaginer la courbe des vagues, les cris des mouettes et même les pentes abruptes de la péninsule gaspésienne. En savoir plus

Connexion Musicale

Paysage visuel et sonore

Paysage visuel et sonore explore la façon dont Claude Champagne, Norman Symonds, Harry Somers, Allen Gordon Bell et Malcolm Forsyth ont été influencés par la topographie, diverse et expansive, du Canada et les sons uniques qui y sont associés. En savoir plus

Biographie

Né à Montréal, 27 mai 1891;
décédé à Montréal, le 21 décembre 1965

Claude Champagne fut un des plus grands compositeurs du Canada, alors que la musique classique était encore à ses tout débuts dans notre pays. Selon les mots du critique Thomas Archer, il fut « un des premiers musiciens véritablement canadiens au sens où l’on peut dire que Tom Thomson et A.Y. Jackson sont des artistes canadiens ». Champagne fut aussi un pédagogue et on se souviendra longtemps de ses efforts pour promouvoir la cause de la musique au Québec. Une des plus importantes salles de concert de Montréal porte son nom.

Les premières années

Champagne commence très jeune à étudier le violon, le piano et la théorie à Montréal, mais comme il n'y avait pas d'école de musique professionnelle à proprement parler au Canada pendant sa jeunesse, il a poursuivi sa formation en Europe. Le célèbre professeur Alfred Laliberté, conscient du grand talent de Champagne, organise pour lui un séjour d'étude à Paris où il ira vivre de 1921 à 1928. Là-bas, il étudie la composition, le contrepoint et la fugue avec André Gédalge, Charles Koechlin et Raoul Laparra et il poursuit ses études de violon avec Jules Conus. Il rencontre aussi Paul Dukas et Vincent d’Indy qui exerceront sur lui une grande influence. Deux des premières œuvres orchestrales de Champagne, Hercule et Omphale et la Suite canadienne, sont exécutées à Paris (en 1926 et en 1928, respectivement). Cette dernière œuvre, première composition orchestrale canadienne exécutée par un grand orchestre européen, remporte le prix E. W. Beatty d'une valeur de 1000 $ au concours des Festivals du CP, en 1928 – une somme appréciable à l'époque. Dans la Ville lumière, Champagne exerce également d'autres activités. Il travaille au Service du catalogage des Archives publiques du Canada à Paris.

Carrière dans l'enseignement

En 1929, Champagne revient au Canada pour entamer un nouveau chapitre de sa carrière, celui d'enseignant et d'administrateur. Il a occupé tour à tour divers postes à l'École Vincent-d’Indy, à l'École normale de musique, à l'École supérieure de musique de Lachine, à l'Université McGill, au Conservatoire de musique du Québec à Montréal et à la Commission des écoles catholiques de Montréal. Au fil de ses activités d'enseignant, de directeur, d'administrateur et de concepteur de programmes, Champagne a laissé une empreinte indélébile sur les générations futures de compositeurs canadiens. La liste des compositeurs qui ont étudié avec lui ressemble au bottin de la musique classique au Canada. Mentionnons par exemple les compositeurs Violet Archer, Roger Matton, François Morel, Clermont Pépin et Robert Turner, qui figurent tous dans la Frise chronologique du CNA. Maurice Dela, Marvin Duchow, Gilles Tremblay et Jean Vallerand sont également quelques-uns des compositeurs connus qui ont travaillé sous sa direction. Duchow, un des professeurs de musique les plus admirés de l'Université McGill, a fait remarquer : « Champagne avait un talent particulier qui faisait de lui un pédagogue hors pair. Il avait une extraordinaire capacité de compréhension intuitive qui lui permettait de projeter sa propre conscience dans l'imaginaire individuel de chacun de ses étudiants. »

Sa musique

« Clarté, ordonnance, discipline, tout l'art français se retrouve dans sa langue », écrit Louise Bail-Milot dans L'Encyclopédie de la musique au Canada. Léo-Pol Morin abonde dans le même sens (Papiers de musique, 1930) : « Art poli, infiniment civilisé, aux coins arrondis, qui cherche le beau dessin, les belles formes, la précision et la concision. Nul déchet, nulle bavure, nulle hésitation n'encombrent jamais le style de ce musicien, l'un des plus instruits et des mieux équilibrés de sa génération. » Son style essentiellement conventionnel a été presque inévitablement influencé par des maîtres français comme Debussy, Fauré, Dukas et d’Indy. Et pourtant, Champagne est parvenu à injecter dans sa musique un esprit typiquement canadien et souvent même québécois que l'on retrouve dans des œuvres telles que la Symphonie gaspésienne (comprise dans la Frise chronologique), la Suite canadienne, Images du Canada français et la Danse villageoise, qui deviendra sa composition la plus populaire. Composée à l'origine en 1929, comme duo pour violon et piano, la Danse villageoise a été arrangée par la suite pour quatuor à cordes, pour orchestre à cordes et enfin pour orchestre complet, en 1954. Selon les termes du critique Thomas Archer, cette composition d'une durée de cinq minutes « reconstitue en musique une scène bien connue au Canada français, celle du violoneux endiablé qui a fait danser des couples dans des centaines de salles paroissiales et de maisons de la province ».

Honneurs et distinctions

Afin de souligner ses réalisations, on avait décrété que 1964 serait « l'Année Claude Champagne ». Dans le cadre des célébrations, l'Office national du film produisit Bonsoir Claude Champagne, tandis que la télévision de la SRC présenta l’émission « Hommage à Claude Champagne ». C'est cette même année que l'on inaugura la salle Claude-Champagne de l'École Vincent-d’Indy à Montréal. En reconnaissance de l'énorme influence qu'il avait exercée, Claude Champagne fut nommé président d’honneur du Conseil canadien des arts et du Conseil international de la musique de l'UNESCO. Il fut aussi membre honoraire de la Ligue canadienne des compositeurs (1956) et il reçut la médaille du Conseil des Arts du Canada en 1963.

Programme de concert

Claude Champagne : né à Montréal le 27 mai 1891; décédé à Montréal, le 21 décembre 1965

Œuvre d'une vingtaine de minutes en un seul mouvement, la Symphonie gaspésienne fut composée en 1945 et créée par l'Orchestre de Radio-Canada à Montréal le 21 décembre 1947, sous la direction de Jean Beaudet. La première exécution en concert fut donnée par l'Orchestre symphonique de Montréal dirigé par Désiré Defauw, le 1er mars 1949. Bien que le compositeur la qualifie de symphonie, cette œuvre présente toutes les caractéristiques du poème symphonique, puisqu'elle cherche à évoquer des images et des impressions de la péninsule québécoise de la Gaspésie. À ce titre, elle est considérée comme un des meilleurs exemples de peinture du paysage canadien en musique. D'ailleurs, Champagne a déclaré un jour : « C’est la nature qui m’a le plus impressionné dans la vie en ce qui concerne ma musique. » Le compositeur et professeur Marvin Duchow considère la Symphonie gaspésienne comme « un monument exposant la vision puissante qu'avait Champagne de la beauté physique et spirituelle de son pays natal ». Champagne a précisé ses intentions en composant cette œuvre :

« Deux éléments président à l'élaboration de cette symphonie : l’élément évocateur et l'élément expressif. Les deux éléments se fondent dans la trame sonore. Le mouvement général de l'œuvre décrit la courbe des vagues et l'aspect des accidents physiques de la côte gaspésienne. Le bouillonnement quasi persistant des vagues se dissimule à l'arrière-plan. Les harmonies du début peignent le dense brouillard d'un matin de brume. On entend des sons insolites venant des bateaux du large et des timbres grêles s'échappent des clochers des petites églises qui s'échelonnent le long de la péninsule. Peu à peu, le brouillard s'amollit et un thème émerge graduellement, suivi d'un rayon de soleil que cristallise la sonorité des violons. Puis le hautbois chante sa mélancolie. Il faut retenir ces deux thèmes qui circulent à travers l'œuvre.

Après l'ascension des violons, le jour éclate dans toute sa force et vient chanter sa joie de vivre […] L'Andante est terminé. L'Allegretto s'élance vers les sommets des pics, c’est midi, l'atmosphère vibre de lumière. Peu à peu la mer s'agite, le vent gonfle les vagues et siffle des cascades de gammes pour venir se calmer dans une cantilène au caractère de pastorale qui sert de partie médiane et de transition.

Vient la réexposition des thèmes de l'Andante suivie des motifs de l'Allegretto qui va, se développant, mettre l'accent sur tout le matériel sonore déjà connu. C’est en somme une longue péroraison où l'élément évocateur et l’élément expressif amplifient les intentions suggérées dans l'exposition. On remarque l'augmentation, le canon, l'effet des vagues se brisant sur les rives de la côte, le rappel des cloches des églises, l'envol des mouettes dans le ciel azuré.

Une coda termine l'œuvre et s'impose par une longue phrase confiée aux cuivres, tirée d'un motif secondaire de l'Allegretto. »

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1945

Histoire, politique et affaires sociales

  • La Deuxième Guerre mondiale se termine. La victoire en Europe est célèbrée partout en Amérique du Nord le 8 mai 1945, après reddition complète de l’Allemagne. Plus d’un million de Canadiens y ont combattu.
  • Les allocations familiales, un montant mensuel versé aux familles avec enfants pour les aider à couvrir les frais liés à leur croissance, sont instaurées. C’est le premier programme de bien-être social du Canada.
  • Le Canada devient membre fondateur des Nations unies.
  • Les Américains lancent une bombe atomique sur Hiroshima, tuant un estimé 80,000 personnes.
  • Le Congrès mondial sioniste approche le gouvernement britannique pour discuter de la fondation du pays d’Israël.

Nature, science et technologie

  • Le premier réacteur nucléaire du Canada est complété à Chalk River, Ontario.
  • L’herbicide 2,4-D est introduit; il deviendra plus tard composante de l’Agent Orange, qui sera utilisé par l’armée américaine lors de la Guerre du Vietnam.
  • L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture est fondée.

Arts, lettres et divertissement

  • À Montréal, la Société Radio-Canada produit ses premiers enregistrements musicaux pour diffusion à l’étranger et au Canada.
  • Le premier recueil de poésie d’Irving Layton, Here and Now, est publié.
  • Gabrielle Roy devient la première Canadienne à remporter un prix littéraire français important, le Prix Fémina, pour son roman Bonheur d’occasion.
  • Fiddlehead, l’un des magazines de poésie canadiens les plus importants, est fondé à l’Université du Nouveau-Brunswick.
  • L’artiste et auteure canadienne Emily Carr meurt.
  • Le peintre Franklin Carmichael, membre du Groupe des Sept, meurt.
  • Maurice Richard du Canadien de Montréal devient le premier joueur de la LNH à compter 50 buts en 50 matchs.
  • Robert Munsch, Anne Murray et Bruce Cockburn voient le jour.

Connexion Musicale

Champagne s’est adonné à l’éducation musicale à Montréal et s’est mis à la composition orchestrale pendant les années 1940. La Symphonie gaspésienne est décrite par le compositeur comme étant « une expression de la campagne gaspésienne et de la mélancolie de son peuple… qui décrit les attributs du paysage et… l’eau qui fouette les berges. »

Le module Paysage visuel et sonore explore la façon dont le territoire et les bruits du Canada ont influé sur la composition orchestrale canadienne. Dans les termes du compositeur canadien Norman Symonds, ce module d’apprentissage se penche sur la façon dont le paysage, immense et souvent inoccupé, « nous rappelle à tout moment à quel point notre place dans ce monde est infiniment petite ».

Le paysage est directement lié à l’environnement sonore, un terme d’abord utilisé par le compositeur R. Murray Schafer. Dans les années 1970, Schafer a mené un projet de recherche international qui explorait la façon dont les sons caractéristiques de lieux précis affectent les habitants. Ce travail a fait l’objet de son livre, The Tuning of the World. L’environnement sonore et le paysage du Canada ont marqué une bonne part des compositions de Schafer.

« Notre espace est perçu comme étant immense, vide, mystérieux, dur, indifférent, générant à la fois l’admiration et la terreur et un intense sentiment de solitude spirituelle. » (Keillor, 2006) Les compositeurs canadiens ici mis en vedette ont été inspirés par ces espaces et les bruits qui font leur spécificité, à la fois au sens figuratif et au sens littéral. Dans la Symphonie gaspésienne de Champagne, le North Country de Somers, le Three Atmospheres de Symonds, le Spirit Trail de Bell et l’Atayoskewin de Forsyth, on entend des cordes de moustiques, les triomphantes fanfares des montagnes, les mouettes qui plongent le long des gammes et les descriptions sonores et lyriques du lever et du coucher du soleil.

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