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20:59

Adieu Robert Schumann (1976)

  • Compositeur: Schafer, R. Murray
  • Chef d'orchestre: Bernardi, Mario
  • Soloiste(s): Forrester, Maureen (contralto)
  • Date de concert: 1978-03-14
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Schafer, R. Murray

Schafer, R. Murray

18 juil. 1933 -

Vue d'ensemble

Un orchestre à cordes accompagne une narratrice (la femme de Schumann) tandis qu'elle lit des passages de son journal décrivant les dernières années troublées du grand compositeur luttant contre la maladie physique et mentale. Schafer incorpore des citations de dix différentes compositions de Schumann dans Adieu Robert Schumann. En savoir plus

Connexion Musicale

Le pouvoir de la voix

Écrire pour la voix humaine offre au compositeur de musique orchestrale des occasions et des défis multiples et uniques, comme le démontre notre sélection d’œuvres des compositeurs canadiens Linda Bouchard, Bruce Mather, R. Murray Schafer, Harry Somers et Claude Vivier. En savoir plus

Biographie

Né à Sarnia, Ontario, le 18 juillet, 1933;
habite maintenant à Indian River, Ontario

Compositeur canadien le plus en vue, R. Murray Schafer s’est révélé, en cette ère de spécialisation à outrance, un véritable homme-orchestre. Il est renommé sur la scène nationale et à l’échelle internationale non seulement pour sa démarche de compositeur, mais également à titre d’éducateur, d’environnementaliste, d’homme de lettres, de visualiste et d’éveilleur de consciences. Après avoir obtenu une licence en piano des Royal Schools of Music (Angleterre), il a poursuivi ses études au Royal Conservatory of Music et à l’Université de Toronto, avant d’aller parfaire sa formation en Autriche et en Angleterre.

La diversité de ses centres d’intérêt trouve écho dans la formidable étendue de son œuvre : ouvrages savants, œuvres dramatiques, pièces pour chœurs amateurs et professionnels, œuvres orchestrales créées sur commande pour les orchestres symphoniques de Toronto, de Montréal, de Kyoto, de Tokyo et plusieurs autres, en plus d’un cycle de onze quatuors à cordes et de nombreuses compositions pour voix soliste avec accompagnement au piano ou à l’orchestre. Il faut ajouter à cela le monumental PATRIA, son cycle de douze drames musicaux reliés entre eux dont plusieurs ont été présentés dans des lieux inusités, ou à des moments précis de la journée ou de l’année.

Inventeur du terme « soundscape » (que l’on peut traduire par paysage sonore ou environnement sonore), M. Schafer est à l’origine d’une nouvelle discipline, l’écologie acoustique, qu’il a développée dans le cadre du World Soundscape Project (« projet mondial d’environnement sonore ») dont il s’est fait le fer de lance à l’Université Simon Fraser à Vancouver au débuts des années 1970. Il a décrit ces recherches dans plusieurs publications, notamment The Tuning of the World (en français : Le Paysage sonore, un ouvrage traduit en plusieurs langues et constamment réédité depuis trente ans). La notion de « paysage sonore » embrasse toutes les disciplines qui traitent du son, et l’intérêt croissant pour la recherche sur le paysage sonore partout dans le monde a mené à la formation du World Forum for Acoustic Ecology (WFAE – « forum mondial pour l’écologie acoustique ») en 1994. Le WFAE organise des congrès internationaux et publie un journal intitulé Soundscape. Toute cette activité a influencé d’innombrables compositeurs dans le monde entier et orienté les propres œuvres environnementales de M. Schafer.

En 1975, R. Murray Schafer a quitté le département des Communications de l’Université Simon Fraser pour se consacrer à ses activités de compositeur et d’écrivain indépendant en Ontario. Établi en milieu rural, il a eu l’occasion d’œuvrer au sein des collectivités de Maynooth et de Peterborough, illustrant de façon remarquable comment les artistes contemporains peuvent intégrer leur démarche aux sociétés dans lesquelles ils vivent. À Maynooth, il a fondé le Maynooth Community Choir, un chœur amateur avec lequel il a écrit et produit la pièce de théâtre musical Jonah. Il a choisi sa deuxième demeure rurale près de Peterborough afin d’y travailler à des projets artistiques de concert avec la population. La présentation de Patria 3 : The Greatest Show à Peterborough, en 1987 et 1988, faisait appel à la participation de nombreux talents amateurs locaux. Pendant les quelques années où il a assuré la direction artistique du Festival of the Arts de Peterborough, il a contribué à faire d’un petit événement local, à la programmation traditionnelle, un festival artistique ambitieux et diversifié qui s’est attiré à la fois un fort soutien local et une reconnaissance nationale. M. Schafer encourage les artistes à puiser leur inspiration dans les richesses de la culture locale et de leur environnement immédiat. La splendeur de la nature canadienne constitue le décor du prologue de Patria, intitulé The Princess of the Stars, qui a été présenté plusieurs fois en plein air un peu partout au Canada. Deux autres œuvres également conçues pour être jouées en plein air, The Enchanted Forest et The Palace of the Cinnabar Phoenix, ont été présentées dans la réserve forestière et faunique d’Haliburton en 2005 et 2006, respectivement.

Au-delà de son œuvre de dramaturge, d’éducateur, de journaliste musical et de pionnier de la recherche en matière d’environnement sonore, on lui doit aussi d’importants travaux à titre de musicologue, d’homme de lettres, d’écrivain et de visualiste. Son livre intitulé E.T.A. Hoffman and Music constitue le premier ouvrage d’érudition sur ce sujet, et son Ezra Pound and Music est une référence en littérature et en musique. En plus de ses écrits en prose, il est l'auteur d'un certain nombre de créations de fiction, comprenant les nouvelles Dicamus et Labyrinthos et Ariadne, qui mettent en valeur ses talents de calligraphe et d'artiste visuel. On peut aussi constater ses dons de visualiste dans les illustrations et les notations graphiques qui émaillent bon nombre de ses partitions, dont plusieurs sont exposées dans des musées et des galeries d’art.

M. Schafer est particulièrement renommé pour ses écrits portant sur l’enseignement de la musique, notamment The Composer in the Classroom (1965), Ear Cleaning (1967), Creative Music Education (1976), A Sound Education (1992) et HearSing (2005). Ses livres ont été traduits en de nombreuses langues, et ses méthodes novatrices sont utilisées dans des salles de classe partout dans le monde.

Dans les années 1980, M. Schafer a écrit des concertos pour flûte, pour harpe et pour guitare, trois quatuors à cordes, et plusieurs pièces de musique de chambre et œuvres orchestrales, en plus d’honorer les commandes qui continuent d’affluer aujourd’hui encore. Son amour des voix féminines en solo, en particulier, lui a inspiré de nombreuses compositions. Il a notamment écrit, pour le riche mezzo-soprano de sa partenaire Eleanor James, de la musique de chambre exigeante (Tanzlied pour voix et harpe, Tantrika pour voix et percussions) ainsi que des pièces pour voix et orchestre (Letters from Mignon et Thunder/Perfect Mind). Ces œuvres, de même que la version orchestrée de ses Minnelieder, ont fait l’objet d’un récent enregistrement lancé par la marque ATMA Classique en mai 2007 qui a récolté les éloges de la critique. Mme James a aussi tenu des premiers rôles dans la plupart des drames musicaux du cycle Patria.

L’éclectisme de R. Murray Schafer contredit les généralisations usuelles au sujet du style; on peut décrire son œuvre comme une synthèse des techniques d’avant-garde du XXe siècle et de l’esprit romantique du XIXe siècle. En 1977, il a reçu le titre de Compositeur de l’année décerné par le Conseil canadien de la musique et le prix Jules Léger pour la nouvelle musique de chambre, deux distinctions qui étaient alors accordées pour la première fois. En 1980, il a été couronné du Prix international Arthur-Honegger; en 1985, il a mérité le prix national du Banff Centre for the Arts et en 1987, il est devenu le tout premier lauréat du prix Glenn Gould, une récompense triennale assortie d’une bourse de 50 000 dollars. M. Schafer détient sept doctorats honorifiques de différentes universités au Canada, en France et en Argentine. Yehudi Menuhin saluait en lui « une imagination et une intelligence hautement originales et d’une grande puissance dynamique, dont les multiples expressions personnelles et les aspirations sont en accord total avec les besoins urgents et les rêves de l’humanité d’aujourd’hui. »

Programme de concert

Raymond Murray Schafer : Né à Sarnia (Ontario), le 18 juillet 1933; vit actuellement à Indian River (Ontario)

Cette œuvre met en scène les derniers jours de Robert Schumann, depuis ses premières hallucinations jusqu’à sa mort à l’asile d’Endenich en 1856. La narratrice est Clara Schumann, sa femme, et les textes consistent en des extraits librement adaptés de son journal. Des passages de nombreuses œuvre de Schumann sont intégrés à cette composition, en particulier des sections de plusieurs de ses lieder ainsi que des fragments de Carnival et Kreisleriana, pièces pour piano. Dans sa musique, Schumann se plaisait à évoquer des états d’âme et des personnages; les citations ont été introduites afin de suggérer les confins de son esprit pendant son agonie. Il y a également des motifs cachés : do-la pour Clara et si bémoi-mi pour Robert, subtilité que Schumann affectionnait. Le morceau de piano entendu à l’arrière-plan au milieu de l’œuvre est la mélodie écrite par Schumann la nuit de sa première hallucination, mélodie qui, disait-il, lui était inspirée par des anges. La chanson qui ouvre et conduit la composition, Dein Angesicht, est l’une des dernières de Schumann.

Le télégramme disait : « Si vous voulez revoir votre mari vivant, venez immédiatement; son aspect est terrifiant! »

J’y allai aven Brahms. Je le vis dans la soirée. Il sourit et me prit par la taille, mais avec un grand effort car il ne pouvait plus bouger ses membres. Je n’oublierai jamais cette étreinte.

Il est impossible de comprendre ce qu’il dit.
Une seule fois, je compris le mot « ma », mais il ne put ajouter « Clara » bien qu’il me regardât tendrement. « Je vous connais », dit-il soudainement. Je me tins à ses côtés, osant à peine respirer.

Il y avait environ trois ans que Robert était à l’asile. Asile! Quel mot affreux! Trois longues années de solitude. Cela avait commencé juste après qu’il eut écrit cette étrange lettre à Joachim, qui se terminait par ces mots : « Ma musique est devenue muette pour le monde extérieur. Je dois partir maintenant, il commence à faire nuit ».

Pendant la nuit du 10 février 1854, Robert souffrit violemment des oreilles; il entendait la même note jouée à n’en plus finir et parfois une autre par intervalles. Le docteur déclara qu’il ne pouvait absolument rien faire. Mon pauvre Robert souffre terriblement… Une note jouée maintes fois.

La nuit dernière, alors que nous venions de nous mettre au lit, Robert me demanda de l’écouter. Il dit que les anges lui inspiraient de la musique. Il se leva et nota le thème, puis il revint se coucher et resta étendu à regarder fixement vers le ciel. Il était convaincu que des anges voltigeaient autour de nous en lui révélant de la musique divine. Mais quand arriva le matin, un changement radical survint. Les anges devinrent des démons. Ceux-ci disaient qu’ils l’emmèneraient en enfer! Je le regardai écouter les voix des anges; ses yeux exprimaient la béatitude. Parfois, il notait quelque chose, puis il écoutait de nouveau.

Les docteurs ne permirent plus à Robert de se lever ni qu’on l’approche. Je lui envoyai un petit bouquet de violettes; si seulement je pouvais le voir!

Robert mit tous ses effets en ordre : crayons, papier à musique, cigares. Il insista pour que les docteurs l’envoient dans un asile afin qu’il puisse se rétablir.

Samedi 4 mars : O Dieu! La berline attendait à la porte! Robert s’habilla rapidement et monta dans la berline; le docteur et deux assistants l’accompagnèrent. Il ne me demanda pas. Je pensai mourir! Mon merveilleux Robert dans un asile, comment pourrais-je le supporter?

« Je vous connais » ont été ses ultimes paroles. Ses dernières heures furent paisibles et il mourut pendant son sommeil.

Sa tête est magnifique, diaphane et légèrement inclinée. Je demeurai auprès du corps de l’homme que j’avais aimé, remplie d’admiration. Je répandis quelques fleurs sur sa tête et je partis.

Je suis toute seule.

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1976

Histoire, politique et affaires sociales

  • Montréal accueille les premiers Jeux olympiques d’été tenus au Canada.
  • Le parlement abolit la peine de mort.
  • La Tour du CN, la plus grande structure autoportante du monde (550 mètres), ouvre à Toronto.
  • La Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux ouvre une banque de sang canine, une première au Canada.
  • René Lévesque devient premier ministre du Québec et remplace Robert Bourassa.
  • Dome Petroleum reçoit l’approbation pour forer afin de trouver du pétrole dans la Mer de Beaufort.

Nature, science et technologie

  • Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes obtient le pouvoir de réglementer la télévision et la radio canadiennes.
  • Apple Computer Company est formée par Steve Jobs et Steve Wozniak.
  • Le Concorde commence ses vols commerciaux.
  • La navette spatiale Enterprise est abaissée.
  • Le premier gène artificiel est créé en éprouvette.
  • La sonde Viking atterrit sur Mars et transmet des images d’un terrain rocheux.

Arts, lettres et divertissement

  • Le film de Jan Kadar Lies My Father Told Me (Les mensonges de mon père) remporte le premier Golden Reel Award comme film ayant connu le plus grand succès commercial.
  • Michael Snow est le premier Canadien à tenir une exposition importante à l’influent Museum of Modern Art de New York.
  • Ned Baldwin complète le design de la Tour du CN à Toronto (habituellement attribué à John Andrews), plus grand édifice autoportant au monde.
  • La rétrospective montréalaise Corridart, organisée par Melvin Charney et d’autres est détruite, sur l’ordre du maire Jean Drapeau.
  • L’actrice Mary Pickford reçoit un prix pour l’ensemble de sa carrière aux Oscars.
  • Le chef de groupe, orchestrateur et compositeur Percy Faith (né à Toronto) meurt.

Connexion Musicale

R. Murray Schafer (1933) a souvent composé pour la voix, y compris pour l’opéra, la musique de chambre et les chœurs d’enfants, et on lui a commandé des œuvres pour certains des plus grands chanteurs canadiens. Les œuvres de Schafer sont universelles. Le compositeur utilise les instruments de façon non conventionnelle (avec lui, un objet comme une motoneige devient un surprenant instrument de musique), il compose des œuvres destinées à être jouées dans la nature sauvage, crée des partitions graphiques (des œuvres d’art qui témoignent de son talent de peintre) qui permettent et favorisent l’expérimentation par l’interprète. Il n’a jamais eu peur de bousculer les conventions. L’Université Concordia lui a décerné un doctorat honorifique en 2010.

Dans Adieu Robert Schumann, Schafer rend hommage au grand compositeur de l’époque romantique. Dans cette œuvre, Schafer expose des éléments de la vie de Schumann au moyen d’une musique hybride – parfois à la manière Schumann, parfois à la manière Schafer. Le texte d’Adieu Robert Schumann est constitué d’extraits du journal de l’épouse de Schumann, Clara, et il expose de façon déchirante le combat de Schumann contre la maladie mentale et, éventuellement, la mort. Spontanément, Schafer écrit cette œuvre de commande pour le contralto Maureen Forrester qui, avec talent, donne à chaque note les nuances et la couleur qui expriment à la fois l’amour profond qui unissait Robert et Clara ainsi que l’horreur de la mort et du vide qui s’ensuit.

La voix humaine est le plus instantané de tous les instruments de musique. C’est l’instrument originel, il est personnel et direct car il n’y a aucun intermédiaire entre le chanteur et l’auditeur. La composition pour voix et orchestre est d’une grande richesse et offre de nombreux défis comme le démontre la présente sélection d’œuvres des compositeurs canadiens Linda Bouchard, Bruce Mather, R. Murray Schafer, Harry Somers et Claude Vivier.

Le module Le pouvoir de la voix montre comment les compositeurs de musique orchestrale utilisent la voix humaine, comment ils utilisent de diverses façons le texte et la narration, et examine les impacts qui résultent du choix des diverses couleurs vocales et des divers registres vocaux. Les œuvres étudiées dans le module Le pouvoir de la voix exposent un certain nombre de stratégies de composition comme les gématries, l’utilisation de documents-sources pour le texte et l’échantillonnage, parmi d’autres. Les élèves voient comment un compositeur choisit le texte de l’œuvre et le rôle que joue ce texte dans l’œuvre pour voix et orchestre.

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