Le concepteur scénographe

par Janet Irwin

Vue d’ensemble :

Nature du travail

Le concepteur scénographe (ou concepteur du décor) a pour tâche de créer le meilleur décor ou espace scénique possible pour une production donnée, servant à la fois l’interprétation de l’auteur et celle du metteur en scène, dans les limites du budget dont dispose le producteur. Le décor doit aussi être adapté à l’espace de jeu ou à la scène qui l’accueillera, en fonction de sa taille, de sa configuration, de son rapport à l’auditoire et de ses lignes de visibilité. (Voir Artsvivants.ca Théâtre français : L’architecture théâtrale : d’hier à aujourd’hui.)

Les préparatifs

Lecture de la pièce

Le concepteur scénographe analyse d’abord la pièce pour en connaître l’argument, et détermine quels sont les éléments qui devront être pris en compte dans la conception du décor. Le concepteur ou la conceptrice lit la pièce plusieurs fois pour différentes raisons : par exemple, il ou elle en fait d’abord une lecture générale pour son propre plaisir, puis une lecture plus spécifique visant à définir les éléments énumérés ci-dessous et, finalement, une troisième lecture détaillant les mouvements et postures des acteurs ainsi que la mécanique des changements de lieux.

Fonction narrative du décor

Le décor est la première chose que voit l’auditoire, aussi importe-t-il que ce qui apparaît sur scène fournisse au public des indices visuels propres à le mettre dans l’ambiance de l’histoire qui va suivre. En gardant à l’esprit les particularités de l’espace de jeu où se déroulera le spectacle, le concepteur ou la conceptrice lit le texte dans l’optique d’y trouver des renseignements comme ceux qui suivent :

  • Quel est le genre de l’œuvre : drame, farce, one-man-show, comédie musicale, théâtre gestuel…
  • se déroule l’action, aussi bien en termes de lieu que de situation géographique – par exemple, une église en ruines dans une petite ville du Québec.
  • À quel(s) moment(s) se situe l’action : l’année (l’époque), la saison, l’heure ou les heures du jour ou de la nuit, et la durée de l’histoire (un jour, un an, etc.).
  • Comment l’histoire est contée : le style de la pièce, susceptible d’influer sur le style de la production – par exemple : réaliste, abstrait, expressionniste, minimaliste, etc.
  • Quels sont les autres éléments qui étayent ou éclairent l’histoire – par exemple, l’orage au début de La Tempête de Shakespeare peut reposer sur un décor qui figure essentiellement une immense voile.
  • Qui sont les protagonistes de la pièce : selon l’œuvre dramatique en cause, le décor peut transmettre plus ou moins d’information sur le statut social des personnages (ouvrier urbain, aristocrate campagnard, artiste sans le sou, etc.).
  • Le thème de la pièce (susceptible d’inspirer une métaphore servant de point focal ou une palette de couleurs précise).
  • Le climat ou la coloration affective de la production, défini en partie par le décor (couleur, forme, rythme des éléments visuels) mais aussi par les costumes, la musique ou la conception sonore, la mise en scène, le jeu des interprètes et, surtout, le texte lui-même.
  • L’action de la pièce : l’action doit être prise en compte afin que les questions de mise en place, de sécurité et d’efficacité puissent être réglées.
  • Toute autre exigence particulière : Des feux d’artifice? Un bassin (pièce d’eau)? Un « coffre » (box set)? Une série de praticables? Une trappe? Une porte dérobée? Un chœur de cinquante voix?

Collaborations

Une fois que le concepteur ou la conceptrice du décor a lu la pièce plusieurs fois, la première personne avec laquelle il ou elle est appelé(e) à collaborer est le ou la metteur(e) en scène. Ensemble, ils échangent sur le texte; le metteur en scène fait part au concepteur de sa vision de la production, et ils analysent les besoins de la pièce en termes de décor. Leurs conceptions combinées de l’esthétique de la pièce doivent aboutir, en principe, à un décor achevé qui sert les besoins de la pièce et contribue à en rendre l’argument intelligible. C’est sur cette base que le concepteur construit la maquette. Le concepteur du décor collabore aussi avec le département de la production, lequel comprend l’atelier des accessoires, l’atelier des costumes, l’atelier de menuiserie, l’atelier de peinture scénique et les techniciens.

Autres responsabilités

Le concepteur du décor assume aussi les responsabilités suivantes :

  • le choix des meubles (époque, style, couleurs, taille, forme);
  • la disposition des meubles ou des éléments de décor mobiles, qui doit favoriser la fluidité du mouvement, offrir un maximum d’efficacité sur le plan visuel, et assurer le confort et la sécurité des interprètes et du public;
  • la conception ou l’approbation des accessoires de jeu (les objets que l’interprète manipule sur scène : téléphone cellulaire, tarte à la crème, musique en feuilles, pantoufle de verre) et des accessoires de décoration (plantes, lutrin, sculpture, rideaux de dentelle);
  • les décisions concernant le moment précis et la nature des modifications apportées au décor pour indiquer les changements de lieux;
  • les décisions concernant la façon dont ces modifications doivent être apportées au décor (à la vue du public, derrière un rideau, à la faveur d’une extinction; par les interprètes eux-mêmes ou par des techniciens de scène; avec l’aide de techniques informatisées, de plateaux tournants, de monte-charges, de rails, de voleries).

Source : Pecktal, Lynn, Designing and Painting for the Theatre, Holt, Rinehart and Winston.